Donald Trump : se préparer à l’imprévisible

Equities Americas Fixed income juin 2017

Des signes montrent que les investisseurs sur les marchés américains rajustent leurs attentes ambitieuses quant aux réalisations possibles du président Trump et de son gouvernement.

Aux États-Unis, les risques politiques semblent maintenant plus grands qu’ils ne l’ont jamais été depuis que le président Trump est arrivé au pouvoir en janvier 2017. Il s’agit, dans une certaine mesure, des conséquences d’un mois de mai tumultueux marqué par des allégations de liens entre des responsables de la campagne présidentielle de Donald Trump et des autorités russes, par le congédiement du directeur du FBI, qui enquêtait justement sur ces liens, et par la divulgation de renseignements secrets au ministre russe des Affaires étrangères lors d’une rencontre privée dans le Bureau ovale. 

Le président Trump n’a pas fait grand-chose pour atténuer ces risques. Au contraire, son style de communication instinctif et sa nature imprévisible les ont accentués. Les investisseurs du monde entier sont en train d’apprendre à la dure comment l’imprévisibilité de Donald Trump influe sur les marchés. La vente massive d’actions à l’échelle mondiale le 17 mai en est d’ailleurs un exemple spectaculaire.

Moins de six mois après l’arrivée au pouvoir du président Trump, les journalistes et chroniqueurs politiques, particulièrement ceux des États-Unis, ont commencé à utiliser le mot « destitution ». Certains membres du Congrès américain ont ouvertement évoqué la destitution lors de rencontres avec les médias[1], même si la direction des deux partis politiques ne semble pas encore en être arrivée là[2,3].

La procédure de destitution d’un président américain est longue, compliquée et politiquement déstabilisatrice. Dans le pire des cas, les effets se feraient sentir sur le gouvernement, l’économie et les marchés financiers à l’échelle nationale et mondiale. Josh Lohmeier, chef des titres d’emprunt nord-américains d’Aviva Investors, estime que les investisseurs devraient considérer la destitution du président Trump comme un risque extrême peu probable plutôt que comme un motif de préoccupation immédiat.

Pour les investisseurs, il importe plus d’établir dans quelle mesure leurs attentes actuelles à l’égard des visées politiques du président Trump concordent avec la réalité politique. Selon M. Lohmeier, « le marché en général a peut-être été optimiste relativement à l’ampleur et au calendrier des réformes proposées par le président. Toute controverse ou distraction compromettra probablement ce point de vue encore davantage, mais le fait demeure que les investisseurs doivent tempérer leurs attentes à l’égard des réformes et tenir compte de ce qui est vraiment possible. »   

Quantification des effets de l’imprévisibilité

À quoi ressemblerait donc un rajustement des attentes des investisseurs pour ce qui est du rendement des marchés? Pour évaluer l’incidence nette de l’imprévisibilité de Donald Trump, les marchés des placements doivent quantifier trois éléments mouvants. Premièrement, quelle dose d’optimisme budgétaire est déjà prise en compte par les marchés? Deuxièmement, quelles sont les réalisations les plus probables dans un contexte politique stagnant et combien de temps faudrait-il pour les mettre en œuvre? Enfin, quelle serait l’incidence de l’évolution de ces points de vue sur les valorisations actuelles des marchés?  

Pour établir un cadre d’évaluation de ces conséquences potentielles, il est utile d’examiner l’effet que Donald Trump a eu jusqu’à maintenant sur les marchés financiers mondiaux. Les marchés boursiers américains, nationaux, internationaux et des pays émergents ont progressé de plus de 10 % en six mois, soit depuis la victoire de Donald Trump[4]. Sur les marchés obligataires, le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans a augmenté de 50 points de base pendant cette période, tandis que les écarts des obligations américaines de qualité se sont resserrés de 20 points de base[4]. Ces fluctuations sont en partie attribuables à l’optimisme à l’égard du programme de Donald Trump, bien que les bonnes données économiques fondamentales aux États-Unis aient aussi contribué aux attentes des investisseurs.

M. Lohmeier fait remarquer que cette reprise n’est ni inhabituelle ni sans précédent. L’indice S&P 500 a affiché des gains entre le jour du scrutin et le jour de l’investiture lors de 13 des 17 derniers cycles électoraux aux États-Unis, son rendement médian ayant été de 3,8 %. Cependant, après l’entrée en fonction d’un président, le degré de confiance des investisseurs change considérablement : le rendement des actions américaines a diminué plus souvent qu’il n’a augmenté au cours des trois premiers mois des 17 derniers mandats présidentiels, le rendement médian ayant été de ‑1 %.  

Source : Bloomberg.

Le pire des scénarios, la destitution, pourrait inverser complètement l’effet Trump sur les marchés, selon M. Lohmeier. Pour employer un euphémisme, un retour des marchés boursiers aux niveaux d’avant les élections représenterait une correction importante. Cependant, il importe de noter que les marchés boursiers s’étaient déjà grandement appréciés à ce moment-là. Pour les autres scénarios possibles, les incidences sur les marchés seraient visibles, mais ne seraient probablement pas aussi dommageables.

L’effet Trump au-delà des actions

Bien que les actions américaines aient récemment affiché une certaine faiblesse en raison des risques politiques accrus, les marchés des titres de créances aux États-Unis ont généralement bien résisté. Durant la période tumultueuse de mai, les écarts de crédit sur les marchés américains des obligations de qualité et des obligations à rendement élevé ont à peine fluctué. Cela s’explique en grande partie par la demande soutenue de titres américains à revenu fixe de la part des investisseurs institutionnels attirés par le rendement supérieur des obligations libellées en dollars américains. Les investisseurs mondiaux semblent toujours croire en la solidité et en la sûreté relative des institutions américaines, et dans la force de l’économie.   

« En dépit de l’agitation politique, peu de facteurs ont jusqu’à maintenant affaibli le vent arrière structurel qui stimule la demande de titres de créances américains, précise M. Lohmeier, ce qui indique que le marché demeure largement convaincu que l’issue sera positive. »  

Le dollar américain fait peut-être exception. Au 15 juin, l’indice du dollar américain (DXY), qui mesure la valeur relative du dollar par rapport aux autres grandes devises mondiales, avait perdu la totalité de ses gains depuis l’élection de Donald Trump et plus encore. Des facteurs nationaux et mondiaux sont ici en cause.

Tim Alt, gestionnaire de portefeuille à Aviva Investors Americas, souligne que l’effet Trump a été la principale raison de l’appréciation du dollar immédiatement après l’élection. « Lorsque Donald Trump a gagné, les marchés n’avaient aucunement pris en compte les attentes à son égard. Cette fluctuation n’a touché que le dollar, et ce, pendant une courte période, les autres facteurs sur la scène mondiale étant essentiellement demeurés stables. »

Depuis l’investiture de Donald Trump, les marchés des changes ont progressivement revu leurs attentes quant à ce que ce gouvernement sera réellement en mesure d’accomplir sur le plan de la relance budgétaire. « Il était déjà certain que le programme serait difficile à réaliser dans les délais, dit M. Alt. Étant donné les récentes distractions, il faudra probablement plus de temps pour voir les progrès escomptés. »

M. Alt explique que, contrairement à la hausse enregistrée après l’élection, la baisse observée depuis le début de l’année n’est pas seulement due au dollar. « Bien que nous ayons observé une augmentation de l’incertitude politique aux États-Unis, la croissance économique dans le reste du monde a été vigoureuse et l’incertitude politique y est moindre, ce qui est particulièrement vrai depuis que les élections ont été tenues en France et aux Pays-Bas. »

D’autres raisons ont aussi encouragé la diversification au détriment du dollar américain et la recherche de rendements dans d’autres marchés et catégories d’actifs. Les marchés émergents sont ainsi devenus plus attrayants pour de nombreux investisseurs internationaux parce que, selon M. Alt, les économies émergentes ont récemment connu un regain de la croissance dans un contexte de baisse des taux d’intérêt et de maîtrise de l’inflation.

« Les marchés en développement étaient plus vulnérables lorsque le dollar s’appréciait, précise M. Alt. Mais lorsque le dollar s’est stabilisé, les actifs des marchés émergents ont semblé offrir de meilleures occasions. »

Aucun scénario n’est à écarter

La procédure officielle de destitution décrite dans la Constitution des États-Unis prévoit une enquête officielle menée par la Chambre des représentants, puis un procès en bonne et due forme devant le Sénat américain. Les deux chambres étant dominées par les républicains, il semble très improbable que la procédure de destitution soit même entamée pendant le mandat actuel du Congrès (qui se termine à la fin de 2018). Cela dit, de nouvelles allégations de collusion entre les collaborateurs du président Trump et des intérêts étrangers ou des décisions ou annonces inattendues de sa part pourraient alimenter les conjectures quant à l’éventualité d’une destitution et justifier l’adoption potentielle d’une position hors risque.    

Il n’est pas non plus impossible que Donald Trump remette sa démission, ce qui est plus rapidement et plus simple qu’une destitution. Les républicains continueraient d’être au pouvoir à la Maison-Blanche et d’être majoritaires dans les deux chambres du Congrès, et ils pourraient, avec le départ de Donald Trump, se reconcentrer sur les points centraux de leur programme législatif. Cependant, puisque le président s’est lui-même qualifié de combattant infatigable, sa démission semble tout aussi improbable qu’une destitution.  

Pour l’instant, le scénario le plus probable est que Donald Trump demeurera en fonction; après tout, il a remporté les primaires républicaines et l’élection générale en dépit des pronostics défavorables. Reste maintenant pour les investisseurs à savoir s’il ne sera pas de plus en plus difficile pour Donald Trump de convaincre le Congrès d’adopter ses réformes et ses propositions budgétaires.  

« Si les réformes prennent encore plus de temps que prévu, les investisseurs pourraient s’impatienter, affirme M. Lohmeier. L’optimisme accumulé sur le marché pourrait se transformer en frustration, ce qui aurait un effet baissier sur les actifs risqués. »

Il est à noter que la reprise des marchés boursiers aux États-Unis a perdu son élan depuis le début de mars. Cela pourrait signifier que les investisseurs réalisent que leurs attentes ont dépassé la réalité politique. Toutefois, M. Lohmeier considère qu’un retour de la volatilité sur les marchés financiers pourrait être un signe rafraîchissant.  

« L’épreuve décisive est la réaction des marchés à une incertitude accrue. Les investisseurs se désensibiliseront-ils face à l’imprévisibilité et conserveront-ils leurs attentes élevées mais irréalistes, ou s’adapteront-ils à la réalité politique, ce qui exacerberait la volatilité, et ce, même sur un marché latéral? »

Sources :

[1] « The Memo: GOP talk of impeachment highlights Trump’s troubles », The Hill, 18 mai 2017,  http://thehill.com/homenews/administration/333976-gop-talk-of-impeachment-highlights-trumps-troubles [en anglais seulement].

[2] « Pelosi: Democrats need to 'curb their enthusiasm' over Trump impeachment », Washington Examiner, 18 mai 2017, http://www.washingtonexaminer.com/pelosi-democrats-need-to-curb-their-enthusiasm-over-trump-impeachment/article/2623507 [en anglais seulement].

[3] « GOP leaders play it safe as Trump scandals grow ». Politico, 25 mai 2017, http://www.politico.com/story/2017/05/25/republican-leaders-trump-scandals-238787 [en anglais seulement].

[4]  Source : Bloomberg. Les actions américaines sont représentées par l’indice S&P 500, les actions internationales, par l’indice MSCI Monde, les actions des marchés émergents, par l’indice MSCI Marchés émergents, et les obligations américaines de qualité, par l’indice Bloomberg Barclays US Credit.

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