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Les élections générales au Royaume-Uni ont déconcerté les commentateurs politiques et les sondeurs. Nos équipes des placements évaluent les conséquences potentielles sur les marchés financiers et sur l’économie.

Rien ne s’est passé comme prévu. Lorsque la première ministre britannique Theresa May a déclenché des élections générales anticipées, elle détenait une bonne longueur d’avance dans les sondages et semblait assurée d’une majorité confortable. Tous s’entendaient pour dire qu’une victoire décisive lui permettrait d’entamer les négociations du Brexit en ayant les coudées franches.

Toutefois, cette prévision toute réaliste ne n’est pas avérée, et le Royaume-Uni se retrouve aujourd’hui avec son deuxième parlement minoritaire en une décennie. Nous avons demandé à nos différentes équipes des placements d’évaluer les perspectives de l’économie et des actifs libellés en livres sterling et de jauger ce que le nouveau paysage politique signifie pour les négociations du Brexit à venir.  

Nous discutons d’abord avec Michael Grady*, économiste principal et stratège macroéconomique à Aviva Investors.

L’issue des élections britanniques montre une fois de plus que les sondeurs, les commentateurs et les marchés peuvent se tromper. Devrions-nous être vraiment surpris?  

On voyait que les sondages étaient plus ambivalents que lors des élections précédentes. En fait, on s’attendait à une plus grande fluidité des intentions de vote habituelles et donc à un portrait difficile à déchiffrer. C’est ce qui explique les grandes divergences dans les sondages au cours des jours précédant les élections. Cela dit, quand on y regarde bien, deux ou trois maisons de sondage ont de toute évidence utilisé la méthodologie qu’il fallait, car elles sont presque tombées dans le mille. Tous les sondages montraient que les Conservateurs avaient perdu des appuis au cours de la campagne, alors que les Travaillistes avaient gagné du terrain.  

Selon un Conservateur bien en vue, le Royaume-Uni pourrait avoir à revenir sur sa décision de quitter le marché unique et l’union douanière. L’issue la plus probable est-elle maintenant un Brexit « modéré »?  

Il est vraiment trop tôt pour dire quelles seront les conséquences sur les négociations du Brexit. De nombreux facteurs seront à considérer. Y aura-t-il, par exemple, un changement à la direction du Parti conservateur ou de nouvelles élections? Il faudra aussi voir de quelle manière le gouvernement nouvellement formé collaborera avec les partis d’opposition. Nous pensons que le résultat des élections a fait augmenter la probabilité d’un Brexit modéré, mais il est difficile de se prononcer avec certitude pour l’instant, notamment parce qu’il s’agit de négociations avec l’Union européenne. L’issue ne sera pas déterminée seulement par le Royaume-Uni.

La probabilité accrue d’un Brexit modéré est-elle de bon augure pour l’économie du Royaume-Uni, ou cette perspective est-elle annulée par le renforcement de l’incertitude politique découlant du vote? 

Ces élections nous ont rendus plus inquiets à l’égard des perspectives de l’économie britannique à court terme. La croissance a sensiblement ralenti au premier trimestre de 2017, et les premiers signes ne sont pas particulièrement encourageants pour le deuxième trimestre. Les salaires réels ont été comprimés et l’épargne des ménages a fortement diminué. Nous nous attendons à ce que ces facteurs freinent la croissance des dépenses des ménages. Parallèlement, l’augmentation espérée du volume des exportations ne s’est pas matérialisée. L’incertitude accrue causée par les élections, qui pourrait durer encore des mois, risque vraiment d’amener les ménages et les entreprises à réduire encore plus leurs dépenses. 

La livre sterling s’est dépréciée. La devise pourrait-elle commencer à s’apprécier en cas de Brexit modéré?

La baisse de la livre a été plutôt modérée. Nous sommes d’avis qu’elle correspond probablement à une prime de risque légèrement en hausse compte tenu de l’incertitude accrue. Cependant, il est très difficile à ce stade d’évaluer les probabilités d’un Brexit radical ou modéré. Nous estimons que ce ne sera que lorsque cette situation s’éclaircira, ce qui pourrait prendre plusieurs mois, que nous observerons une plus forte variation de la valeur de la monnaie, à la hausse ou à la baisse selon la voie qu’empruntera le Royaume-Uni.  

Qu’en est-il des perspectives des autres marchés financiers?

Étant donné que nous prévoyons que l’économie du Royaume-Uni continuera de ralentir, nous nous attendons à une baisse du cours des actions des sociétés dont les activités y sont concentrées par rapport au marché en général. De plus la Banque d’Angleterre devrait aussi retarder une éventuelle hausse de taux, d’où une pression à la baisse sur le rendement des obligations d’État à court terme. Les marchés hors du Royaume-Uni sont moins susceptibles d’être touchés.

Le vote contre l’austérité semble avoir été clair, à la fois à Londres et dans le nord de l’Angleterre. La fin de l’austérité pourrait-elle être imminente? 

La priorité du gouvernement conservateur n’était déjà plus l’austérité. Il ressort de l’analyse des programmes des Travaillistes et des Conservateurs effectuée par l’Institute for Fiscal Studies qu’ils étaient très semblables quant au rythme de réduction du déficit en vue d’afficher à terme un excédent budgétaire. Le programme des Travaillistes visait davantage la taille et le rôle de l’État qu’une réorientation de la position budgétaire cyclique.

Pourrait-il y avoir volte-face de la politique économique/monétaire, soit un assouplissement de la politique budgétaire combiné à un resserrement de la politique monétaire?

Nous sommes d’avis qu’il y aura accessoirement une possibilité accrue de relance budgétaire si l’économie connaît un net ralentissement. Toutefois, nous prévoyons aussi que la politique monétaire demeurera très souple. 

Les marchés mondiaux ont, en général, fait fi d’événements politiques surprenants au cours des douze derniers mois. Pourrait-il en être autrement cette fois-ci?

Il s’agit d’un enjeu purement britannique. Il n’est pas nécessairement juste de dire que les marchés ont fait fi du résultat du référendum de l’an dernier sur l’appartenance à l’Union européenne. La livre sterling s’est alors fortement dépréciée, et sa valeur demeure inférieure de 10 % à celle d’avant le référendum. Cette dépréciation reflète le point de vue du marché sur l’incidence négative à long terme de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Cependant, il est probable qu’elle ne tient pas pleinement compte des conséquences négatives de l’absence d’une entente avec l’Union européenne, auquel cas la livre sterling s’affaiblirait probablement davantage. En contrepartie, une entente permettant au Royaume-Uni de conserver son accès au marché unique ferait sans doute monter la livre sterling, peut-être de façon assez considérable.

Répercussions sur les différentes catégories d’actifs

Titres d’emprunt du gouvernement britannique

Charlie Diebel*, chef des taux

« L’incertitude prévaut au Royaume-Uni, et les risques politiques ne devraient que très peu diminuer à court terme. Les perspectives des obligations d’État sont légèrement négatives puisque le marché exigera une prime de risque plus importante pour détenir des actifs assortis d’une aussi grande instabilité politique. Il prendra en compte des taux plus élevés étant donné la tenue possible d’autres élections, sans parler de l’incertitude accrue relativement aux négociations du Brexit. Les partis politiques pourraient tous glisser vers le centre, ce qui impliquerait un Brexit modéré pouvant être accompagné d’un assouplissement de la politique budgétaire. Encore une fois, cela devrait entraîner une hausse des taux ainsi qu’une courbe des taux plus abrupte en raison d’un accroissement des émissions d’obligations d’État.

« Dans l’ensemble, les fluctuations du marché seront relativement limitées, et la Banque d’Angleterre ne modifiera pas ses taux d’intérêt dans un avenir rapproché. En fait, il n’y aurait vraiment qu’une dégradation subite de l’économie pour lancer le débat sur le recours à d’autres mesures de relance monétaire. »  

Titres de créance britanniques

James Vokins*, gestionnaire de portefeuille principal, Fonds multi-stratégies à revenu fixe

« La réaction immédiate des marchés des titres de créances a été plutôt modérée, un léger recul n’ayant été enregistré que dans les écarts de crédit des banques du Royaume-Uni et dans les instruments de crédit plus cycliques. Les sociétés britanniques et internationales sont susceptibles d’invoquer l’incertitude accrue pour justifier leur prudence à l’égard des investissements au Royaume-Uni, ce qui devrait leur permettre de protéger leurs bilans déjà solides – un appui de plus au crédit britannique.

« La Banque d’Angleterre vient tout juste de conclure son programme d’achat d’obligations de sociétés et elle pourrait être prête à rouvrir le robinet si le contexte macroéconomique montre des signes de fléchissement. Au niveau sectoriel, la dépréciation de la livre sterling touchera une fois de plus le coût des importations des entreprises nationales et les grands émetteurs dans les secteurs du commerce de détail, de l’immobilier et des voyages, où nous gardons un positionnement prudent. »  

Actions britanniques

Trevor Green*, chef des actions britanniques

« Les marchés détestent l’incertitude, mais la situation actuelle en est empreinte. Il faut faire preuve de prudence avant d’adopter des opinions tranchées sur les répercussions d’un parlement minoritaire, surtout avec les nombreuses transitions politiques en cours. Les investisseurs ont tendance à surestimer l’influence des enjeux politiques sur l’économie, mais peut-être que ce sera différent cette fois-ci.

« Il n’est pas très utile de revenir en arrière pour comprendre les implications d’un parlement minoritaire, car les élections de 1974 et de 2010 n’ont pas grand-chose à voir avec celles qui viennent de se dérouler. 

« Peut-être pouvons-nous tirer des leçons des variations du marché à court terme en regardant ce qui est arrivé après le vote du Brexit, moment où il est devenu instantanément baissier pour tout ce qui concerne la consommation. En réalité, puisque l’économie ne change pas du jour au lendemain, les chiffres sont demeurés bons pendant le reste de 2016, et les répercussions de la baisse de la devise depuis juin ne se font vraiment sentir que maintenant. Le recul de la livre sterling a entraîné une hausse indéniable de l’inflation au désavantage des consommateurs qui sont moins bien positionnés aujourd’hui qu’ils ne l’étaient en juin de l’an dernier. La croissance de la rémunération peine à suivre la progression de l’inflation et le taux d’épargne enregistre un creux record.

« Par contre, dans une période d’incertitude politique comme celle qui se dessine, il est rassurant de savoir que l’emploi au Royaume-Uni atteint actuellement un sommet inégalé. »

Multi-actifs

Gavin Counsell*, gestionnaire de fonds principal, Multi-actifs

« Les risques politiques ont pesé sur les marchés au cours des dernières années, et les récents événements n’ont fait qu’accroître l’incertitude au Royaume-Uni. Même si ces facteurs sont indésirables à court terme, certains scénarios, qui mèneraient peut-être à un Brexit modéré et à davantage de mesures de relance budgétaire, pourraient donner des résultats positifs pour l’économie britannique et les actifs à risque à long terme. Dans le contexte de l’économie mondiale, cet enjeu est essentiellement considéré comme national et a donc une incidence relative.   

« Ces événements rappellent l’importance de la diversification et de la constitution rigoureuse des portefeuilles pour garantir des résultats solides aux investisseurs. Puisque les répercussions du Brexit commencent déjà à se faire sentir dans l’économie du Royaume-Uni – ralentissement de la croissance, montée de l’inflation et diminution de la confiance – nous avons sous-pondéré les actifs britanniques à risque. Nous préférons plutôt investir dans les actions européennes afin de tirer profit de l’amélioration de la dynamique de croissance et de la réduction des risques négatifs. »

Marché immobilier commercial du Royaume-Uni

Chris Urwin*, chef de la recherche mondiale, Immobilier

« Il est difficile de déterminer quelles seront les conséquences pour le marché immobilier commercial en particulier autres que celles qui toucheront l’économie en général et les autres marchés de placements. Même avant les élections, les perspectives du marché immobilier présentaient des défis. La correction rendue nécessaire par le Brexit se fait encore attendre. Plus particulièrement, les valeurs des bureaux au centre de Londres demeurent élevées même si les signes de ralentissement sont de plus en plus nombreux dans certaines parties du marché des occupants.  

« La croissance économique ralentit puisque la hausse de l’inflation exerce une pression sur les consommateurs. Cette pression cyclique se combinera probablement à diverses forces structurelles défavorables qui influencent actuellement le marché immobilier commercial, comme la croissance de la vente en ligne.  

« Cependant, l’incidence sur la perception des investisseurs à l’égard du marché immobilier du Royaume-Uni est peu susceptible d’être aussi importante qu’elle ne l’a été après le vote du Brexit, en juin 2016. Les décisions de placement ont immédiatement été scrutées à la loupe lorsque s’est ouverte cette porte sur l’inconnu. Il n’y a aucune panique et il serait difficile de trouver des problèmes consécutifs aux élections qui n’existaient pas déjà. »

Actifs privés au Royaume-Uni

Nikhil Chandra*, stratège en placements, Solutions de placement mondiales

« Les marchés financiers n’aiment pas l’incertitude, mais c’est précisément ce qu’ont provoqué les élections. En période d’incertitude, les banques tendent à se retirer du marché des prêts et à réduire la taille de leurs bilans, ce qui peut créer des occasions d’octroi de prêts principaux pour les prêteurs non bancaires et d’acquisition d’actifs pour les portefeuilles, à des niveaux corrigés des risques intéressants. De plus, il pourrait y avoir d’autres occasions de création d’actifs liés aux infrastructures si l’intérêt politique pour l’austérité diminue. 

« Quoi qu’il en soit, les investisseurs institutionnels continueront de chercher les rendements attrayants dans les actifs non cotés étant donné la faiblesse actuelle des rendements. Les actifs privés peuvent offrir certains avantages selon leur catégorie, notamment des rentrées de fonds fiables, un revenu lié à l’inflation, une diversification, une protection contre les baisses et un accès à des primes de risque d’illiquidité. La volatilité caractérisera presque assurément l’horizon de placement à court terme, mais nous conservons notre perspective de placement à long terme. »  

* Les spécialistes en placements sont membres du groupe participant d’AIA/AIC, Aviva Investors Global Services Limited (« AIGSL »).

Renseignements importants

Sauf indication contraire, tous les renseignements et les avis donnés sont ceux d’Aviva Investors Global Services Limited (Aviva Investors) au 31 mars 2017. Les opinions, estimations, prévisions et énoncés concernant les tendances des marchés de capitaux, selon la conjoncture, expriment notre jugement et peuvent être modifiés sans préavis. Les renseignements contenus dans le présent document ont été obtenus auprès de sources jugées fiables, mais ils n’ont pas été vérifiés de manière indépendante par Aviva Investors et peuvent être inexacts. Toute mention de valeurs mobilières, de catégories d’actifs et de marchés de capitaux spécifiques n’est qu’à titre indicatif et ne doit pas être considérée comme une recommandation. Les rendements passés ne garantissent pas les résultats futurs. 

La dénomination « Aviva Investors » désigne ici l’organisation mondiale d’entreprises apparentées de gestion d’actifs menant ses activités sous cette dénomination. Chaque société apparentée d’Aviva Investors est une filiale d’Aviva plc, une société multinationale de services financiers cotée en bourse dont le siège est au Royaume-Uni.

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2017-0377_AIA/AIC_juin 2017