Les perspectives des marchés émergents entre les mains des États-Unis

Alors que les actifs sur les marchés émergents sont mis sous pression par les hausses des taux d'intérêts américains, par le dollar fort et par l'escalade de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, nos gérants actions et obligations partagent leurs opinions sur les nouvelles opportunités et les secteurs à éviter.

3 minutes de lecture

L'année 2018 a été difficile pour les investisseurs sur les marchés émergents.

Les actions comme les obligations ont subi de fortes baisses en raison de la hausse des taux d'intérêts aux États-Unis et de la vigueur du dollar, qui ont provoqué une inversion des flux d’investissement .

La confiance des marchés a également été ébranlée par l'escalade des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, et par le ralentissement économique de celle-ci.

L'Argentine et la Turquie ont mobilisé l'attention dans un premier temps, car leurs devises respectives ont chuté jusqu'à des niveaux records. Les investisseurs ont en effet retiré leurs investissements de ces deux pays qu'ils jugeaient particulièrement dépendants des capitaux étrangers.

Toutefois, cette tendance vendeuse s'est propagée bien plus largement, les investisseurs tentant d'évaluer quels pays leur paraissaient les plus vulnérables à un resserrement monétaire mondial. L'indice MSCI Emerging Markets a cédé plus de 17 % en dollars depuis son pic du mois de janvier et les indices obligataires ont eux-aussi marqué une baisse prononcée, puisque l'indice de JP Morgan Emerging Markets sur les obligations en devise locale a affiché une performance négative, à -8,4 % sur une période de neuf mois à fin septembre. La grande question pour les investisseurs est aujourd'hui de savoir si le plus dur est passé sur les marchés émergents, ou si leur situation pourrait encore se dégrader.

Les obligations des pays émergents impactées par les taux américains

Selon Aaron Grehan, directeur adjoint des obligations émergentes d'Aviva Investors, l'issue dépendra largement de l'évolution des taux d'intérêts des États-Unis.

"Jusqu’à présent, la hausse des taux limitée a été le catalyseur d’ un certain nombre de problèmes importants. Il est probable qu’ils s'intensifient en cas de hausse plus forte", observe-t-il.

Jusqu'à récemment, le consensus était qu'une éventuelle correction des marchés aurait nécessairement une ampleur moindre que celle du "taper tantrum" (ou crise du tapering) de l'été 2013. Toutefois, le recul des marchés approche aujourd'hui des niveaux similaires, et l'environnement macroéconomique d'un certain nombre de pays continue de se dégrader. M. Grehan estime donc que l'on peut raisonnablement craindre de voir ces défis persister sur les marchés.

"La correction des marchés est restée relativement contenue à ce stade, et l'essentiel des pressions baissières sont restées concentrées sur des pays comme la Turquie ou l'Argentine. Les obligations des autres pays moins bien notés ont également cédé du terrain par contagion, mais il reste un risque que ces pressions s'accentuent", ajoute-t-il. "Finalement, les pays n'ont pas eu le temps ou la volonté nécessaires pour améliorer leur situation budgétaire, et par conséquent, la situation des obligations de moins bonne qualité, notées 'B', s'est sensiblement dégradée".

Des divergences au sein de l’univers des obligations émergentes

M. Grehan s'inquiète que des pays comme le Liban, l'Équateur ou encore l'Égypte, tous dépendants des financements extérieurs, puissent ne pas être en mesure de conserver leur accès au marché, et par conséquence, il évite les obligations de ces pays.

En revanche, les performances des segments de marché mieux notés sont encourageantes. Il observe que la prime rémunérant l'écart entre les obligations de catégorie Investment Grade et les bons du Trésor américains a effectivement diminué au cours de l’année.

"La stabilité de la qualité du crédit Investment Grade sur le long terme dépeint un tableau totalement différent de celui des crédits notés 'B'.

Les inquiétudes sur la propagation de ce courant vendeur ne prennent pas en compte les différences entre la qualité de crédit des différents pays et les risques auxquels ils sont exposés", explique-t-il.

Au sein du segment Investment Grade, il privilégie actuellement les obligations émises par les pays du Moyen-Orient, et en particulier par le Qatar. M. Grehan précise qu’en avril, une obligation à 30 ans émise par le Qatar offrait un rendement supérieur de 205 points de base par rapport à une obligation américaine de même maturité. L’écart de rendement (spread) a baissé de 40 points de base.  

"Cela montre que sélectionner le bon pays est essentiel pour pouvoir générer des rendements attractifs à long terme, ce qu’offre toujours la classe  d'actifs", souligne M. Grehan.

Actions des pays émergents : des valorisations en progrès, mais les risques persistent

Alistair Way, directeur des actions émergentes d'Aviva Investors, estime lui-aussi que la correction des marchés s'est soldée par des valorisations attractives, mais que des risques importants subsistent, en particulier si le dollar américain venait encore à grimper, porté par des taux d'intérêts en hausse, et si les tensions commerciales s'aggravaient.

"Nous avons assisté à une correction rapide. Nous pouvons penser que c'est lié à la nature cyclique de cette classe d'actifs, qui est mise en difficulté quand le dollar monte, et je ne pense pas que cela changera bientôt", explique-t-il.

Les bénéfices des entreprises se maintiennent raisonnablement bien, cependant " l'image renvoyée n’est pas suffisamment positive pour aider les marchés à sortir du retournement conjoncturel".

D'un autre côté, cette baisse signifie que les actions émergentes sont aujourd’hui bien plus abordables qu'elles ne l'ont été depuis longtemps, et indiscutablement moins chères e celles des pays développés. Ainsi, le rapport cours/valeur comptable (ratio "price-to-book") des entreprises de pays émergents est actuellement inférieur de 30 % à celui de leurs homologues des pays développés. Cette décote est près de deux fois plus forte que celle observée au cours des 16 dernières années, il serait donc peu avisé de chercher à vendre à tout prix.

Alistair Way se méfie des titres indonésiens et brésiliens, car il est probable que les investisseurs continueront de fuir les pays affichant à la fois un déficit budgétaire et un déficit des paiements courants.

Toutefois, il est important de garder à l'esprit que les indices des marchés émergents aujourd'hui sont de plus en plus dominés par des entreprises de pays asiatiques présentant une économie forte et relativement stable, souligne-t-il.

"La Chine, la Corée et Taïwan sont des acteurs de premier plan dans les fluctuations de l'indice. Il y a beaucoup de spéculation sur la stabilité de l'économie chinoise, cependant il semble que les autorités aient la situation largement sous contrôle. La stabilité fondamentale de ces pays et leur faible sensibilité au cycle mondial des taux directeurs comme aux fluctuations des devises, sont des facteurs rassurants", estime M. Way.

Les fonds Aviva Investors sont positionnés sur des entreprises de haute qualité avec un bilan solide et des dividendes attractifs, il envisage donc de renforcer progressivement l'exposition à des entreprises en plein essor avec des perspectives de "croissance des bénéfices transformationnelle".

Il trouve ainsi un certain nombre d'opportunités d’investissement  attractives sur le marché chinois, qui a été l'un des moins performants cette année.

"C'est une économie très dynamique avec beaucoup d'entreprises en plein essor à des niveaux de valorisation tout à fait abordables, et c'est exactement ce que nous recherchons", souligne M. Way.

Son intérêt se porte particulièrement sur les entreprises concentrées sur les secteurs de la consommation interne et des services, mais également  le secteur de la technologie où l'on trouve "des entreprises vraiment intéressantes à long terme", et dont les cours des actions ont fortement chuté.

Sources pour toutes les données de marché : Bloomberg

Informations Importantes

Ce document est destiné exclusivement à des investisseurs professionnels et contreparties éligibles au sens de la Directive « MIF 2 » n°2014/65/UE et 2016/1034 relative aux marchés d’instruments financiers. Son contenu n’est pas destiné à une clientèle de particuliers et il ne doit pas être utilisé comme support de présentation à leur destination.

Aviva Investors est la dénomination commerciale de la branche de gestion d’actifs du groupe Aviva.

Il ne saurait être assimilé à une activité de démarchage, à une quelconque offre de valeur mobilière ou instrument financier que ce soit ou de recommandation d’en acheter ou d’en vendre.

Il contient des éléments d’information et des données chiffrées qu’Aviva Investors France considère comme fondés ou exacts au jour de leur établissement. Pour ceux de ces éléments qui proviennent de sources d’information externes, leur exactitude ne saurait être garantie.

Les analyses présentées reposent sur des hypothèses et des anticipations d’Aviva Investors France, faites au moment de la rédaction du document qui peuvent être totalement ou partiellement non réalisées sur les marchés. Elles ne constituent pas un engagement de rentabilité et sont susceptibles d’être modifiées.

La valeur d'un investissement sur les marchés peut fluctuer à la hausse comme à la baisse, et peut varier en raison des variations des taux de change. En fonction de la situation économique et des risques de marché, aucune garantie n’est donnée sur le fait que les produits ou services présentés puissent atteindre leurs objectifs d’investissement.

Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Ce document ne peut être reproduit sous quelque forme que ce soit ou transmis à une autre personne que celle à qui il est adressé.

Ce document est établi par Aviva Investors France, société de gestion de portefeuille de droit français agréée par l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) sous le n° GP 97-114, Société Anonyme à Directoire et Conseil de Surveillance au capital de 17 793 700  euros, dont le siège social est situé au 14 rue Roquépine, 75008 Paris, immatriculée au Registre du Commerce et des Sociétés de Paris sous le numéro 335 133 229

Egalement sur ce sujet