Actions internationales : le COVID-19 peut-il bouleverser la structure du commerce mondial ?

Mikhail Zverev examine l'impact de la pandémie de coronavirus sur l'industrie mondiale et les répercussions à long terme sur les chaînes d'approvisionnement.

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Global equities Q&A: Will COVID-19 reshape the structure of global business?

Dans « The World is Flat » (2007), son étude acclamée sur la mondialisation de l'économie, Thomas Friedman relate une visite chez un fabricant de pièces automobiles en Chine, où une enseigne suspendue au-dessus de la chaine de production affichait en mandarin le proverbe suivant :

« Chaque matin en Afrique, lorsque la gazelle se réveille : elle sait que, si elle veut survivre, elle doit courir plus vite que le plus rapide des lions. Chaque matin en Afrique, lorsque le lion se réveille : il sait que s'il ne veut pas mourir de faim, il doit courir plus vite que la gazelle la plus lente. Lion ou gazelle, peu importe, quand le soleil se lève, mieux vaut se mettre à courir ».1

La rapidité est primordiale et les entreprises qui souhaitent maintenir leur avance sur leurs concurrents doivent s'adapter rapidement

En 2020, tandis que la pandémie de coronavirus perturbe l’activité mondiale, cette conception darwinienne de la concurrence mérite notre réflexion. La rapidité est primordiale et les entreprises qui souhaitent maintenir leur avance sur leurs concurrents doivent surveiller de près les répercussions de la crise et s'adapter rapidement.

Mais la pandémie pourrait également entraîner des changements plus profonds dans les modèles économiques mondialisés que Friedman a décrits dans son livre. En attirant l'attention sur les faiblesses des chaînes d'approvisionnement, la crise a amené certaines sociétés internationales à accorder davantage d'importance à la capacité de constitution de stocks qu'à l'efficacité opérationnelle, du moins à court terme.

Dans cette interview, Mikhail Zverev, Responsable actions internationales chez Aviva Investors, étudie l'impact de la pandémie de coronavirus sur les différents secteurs et les chaînes d'approvisionnement transfrontalières.

Quelles sont les qualités permettant aux entreprises de faire preuve de résilience en temps de crise ?

La question devrait être : « résilience à quoi ? ». Comme la « qualité », la « résilience » semble être un concept absolu, pourtant, celle-ci dépend du contexte. Qu'il s'agisse d'un "cygne noir" théorique ou d'un danger "imminent", les investisseurs doivent examiner la capacité d'une entreprise à réagir et à s'adapter au changement.

Les pandémies ne surviennent pas tous les jours

Il est également important de se rappeler que les pandémies ne surviennent pas tous les jours. Si les investisseurs actions ne sélectionnaient que des entreprises qui leur paraissent sûres en toutes circonstances, ils passeraient à côté d'opportunités. Apprécier la résilience, c'est prendre en compte les caractéristiques fondamentales d'une entreprise, les évolutions auxquelles elle est confrontée et ce qui est déjà intégré dans les cours.

Il convient de toujours envisager la résilience dans le contexte du changement. Or le changement est un processus à double sens. Il peut constituer une opportunité, mais aussi une menace, puisque le changement est source d'inefficiences. Lorsque quelque chose change dans une entreprise, lorsque l'avenir diffère du passé, le marché est plus susceptible de mal l’apprécier et de mal le valoriser. En effet, dès lors que les investisseurs ne peuvent plus se contenter d'extrapoler à partir du passé, ils doivent travailler plus dur pour se faire une idée précise de la situation.

Quels sont les changements apportés par la crise actuelle ?

Certains changements seront positifs pour certaines sociétés, notamment le développement du télétravail, qui permettra à certaines entreprises technologiques de bénéficier d'un avantage qui n'est pas nécessairement pris en compte dans les cours. Certains modèles économiques qui étaient pertinents avant la crise le sont encore plus aujourd'hui compte tenu de l'évolution du comportement des consommateurs. La crise va par exemple accélérer la transition des paiements en espèces vers les paiements électroniques et le passage du commerce traditionnel au commerce en ligne.

D'autres changements liés au COVID-19 sont-ils ignorés par le marché ?

Ce qui est en train de se produire dans l'industrie automobile est intéressant. Le secteur a été soumis à de nombreux défis, tels que la mobilité partagée et le développement des transports publics en milieu urbain et il a été encouragé et subventionné par les pouvoirs publics dans le cadre de mesures visant à décarboner l'économie. Mais dans la crise actuelle, la voiture est soudainement devenue un bien particulièrement utile et pertinent pour les familles qui souhaitent disposer d'un moyen de transport sûr et non public.

Peut-on observer une augmentation de l'utilisation des voitures ?

En Chine, l'un des premiers pays à sortir du confinement, une statistique frappante révèle une augmentation de la circulation automobile dans les villes. À en juger par les données disponibles, comme le nombre de voitures circulant sur une autoroute un jour donné, le trafic automobile est aujourd'hui de 20 à 25 % supérieur à la moyenne de 2019. En revanche, l'utilisation des transports publics, comme le métro, le train et les vols intérieurs, est encore de 50 à 60 % inférieure aux niveaux d'avant la crise. Il y a donc un transfert manifeste vers le transport individuel en voiture.

Bien des gens auraient imaginé que l'industrie automobile compterait parmi les perdants de la récente crise

Le secteur automobile se distingue, car ceux qui auraient imaginé qu'il serait plutôt perdant dans la récente crise sont nombreux. C'est en effet un secteur cyclique qui connaît de nombreux problèmes structurels. Les marchés n'intègrent pas encore dans leurs prix d'éventuels avantages pour le secteur qui découleraient de la pandémie de COVID-19, mais les données de Chine suggèrent qu'il pourrait y en avoir un.

La crise a fait apparaître le peu de marges d'erreur ou de retard des chaînes d'approvisionnement mondiales. Cela peut-il entraîner un changement durable dans la manière dont les chaînes d'approvisionnement sont gérées ?

On constate une certaine évolution des chaînes d'approvisionnement mondiales de modèles « juste à temps » vers des modèles « au cas où ». L'expression « le stock est roi » devient également courante dans le monde des affaires.

Cette crise pourrait stimuler la demande d'électronique grand public en soulignant l'importance de rester connecté pendant une période de confinement

Dans le secteur technologique, les entreprises s'attendent à un certain retour à la normale, la crise pourrait même stimuler la demande d'appareils électroniques grand public tels que les smartphones en soulignant l'importance de rester connecté pendant une période de confinement. Les entreprises qui fabriquent de tels appareils considèrent de plus en plus que si la demande revient à la normale, alors que les chaînes d'approvisionnement très complexes sont encore sujettes à des dysfonctionnements, elles doivent constituer des stocks.

Dans le secteur des semiconducteurs, notamment, avant la crise, un stock important était synonyme de baisse de la demande pour un produit, tandis qu'aujourd'hui, c'est le signe que les entreprises se préparent à un retour de la demande. Ce phénomène est peut-être transitoire, mais c'est une évolution intéressante que les investisseurs doivent garder à l'esprit.

Pourrions-nous assister à une relocalisation des chaînes d'approvisionnement ?

Deux événements récents, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine qui est loin d'être terminée et la pandémie actuelle, ont démontré que les chaînes d'approvisionnement mondialisées ne sont pas toujours fiables.

Considérons, par exemple, les principes pharmaceutiques actifs qui sont principalement fabriqués en Chine. L'incertitude géopolitique actuelle, conjuguée au fait que la pandémie a souligné l'importance des fournitures médicales pour le bon fonctionnement de la société, a suscité un débat quant à l'opportunité de relocaliser cette industrie. Certains indices isolés suggèrent même qu'un mouvement de relocalisation de la production des principes actifs pharmaceutiques pourrait avoir déjà commence.

Cette crise vous a-t-elle amené à envisager différemment votre démarche d'investissement ?

Cette crise souligne la nécessité plus que jamais impérieuse d'être réactif au changement. Elle montre également que, lorsqu'une crise touche plusieurs régions, secteurs et actifs en même temps, il est extrêmement utile de pouvoir collaborer avec d'autres spécialistes des différentes régions et classes d'actifs.

En coopérant avec nos collègues de l'équipe crédit, nous avons pu mesurer avec plus de précision l'impact de la crise sur ces entreprises

Au début de la crise, un grand nombre d'entreprises se sont précipitées sur les marchés du crédit pour se ménager des liquidités, tandis que les équipes dirigeantes ne communiquaient plus aussi facilement avec les actionnaires durant la phase critique. En coopérant avec nos collègues de l'équipe crédit, nous avons pu nous faire une idée de la manière dont la crise affectait ces entreprises. Une telle démarche de réflexion en réseau est toujours utile, mais elle l'est plus encore en période de crise.

Référence

  1. Thomas Friedman, ‘The World is Flat: The globalised world in the twenty-first century’, Penguin, 2007

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