Le COVID-19 et les infrastructures de données : la demande sera-t-elle source de profits ?

Au début de l’épidémie de COVID-19, nous avons publié un rapport sur les tendances sous-jacentes à long terme favorables aux infrastructures de données. Depuis, le monde que nous connaissions a beaucoup changé. Laurence Monnier fait le point sur les tendances qui sont restées intactes et s’interroge sur les opportunités d'investissement liées à la hausse de la demande en services et infrastructures de données.

4 minutes de lecture

COVID-19 and data infrastructure: Will demand translate into profit?

Le mesures de confinement ont influencé la manière dont nous utilisons Internet et ont élargi son périmètre d’action à de tous nouveaux domaines. Une part importante de la population ayant commencé à travailler à domicile, diverses tendances sont apparues :

  • Travail : Le télétravail va se généraliser à long terme, même après la crise sanitaire. Dans certains secteurs économiques, comme la banque ou la logistique, la consommation de données va s’intensifier.
  • Consommation : Le confinement a provoqué une montée en puissance des achats en ligne.
  • Divertissement : Les vidéos en streaming ainsi que les jeux et les cours en ligne ont rencontré un véritable succès pendant le confinement.
  • Interactions sociales : Les applications de réunions en ligne ont également connu un vrai succès. Conserver le contact avec ses amis et sa famille via les outils technologiques est devenu une priorité pour tout un chacun.
  • Éducation : Les contacts sociaux et la mobilité sont des aspects essentiels de l'apprentissage et nous ne pensons pas que l'apprentissage à distance dans les écoles et les universités devienne la norme. Cette pratique pourrait toutefois s’imposer chez certains étudiants en complément des cours physiques. Si la crise sanitaire se poursuit, les cours en ligne devraient néanmoins jouer leur rôle, comme a pu le confirmer l’Université britannique de Cambridge qui a annoncé la mise en place de ce dispositif pour 2021.
  • Santé : Les médecins et les vétérinaires ont commencé à proposer des consultations vidéo pendant le confinement. Une fois qu'il aura fait ses preuves, ce modèle pourrait se généraliser, du moins en partie, aux cabinets et aux médecins souhaitant gagner en productivité et bénéficier d’horaires de travail plus souples. Les applications de traçage et de suivi des conditions de santé pourraient également gagner en popularité.

De manière assez logique, le trafic de données a nettement augmenté en Europe et dans le reste du monde (cf. Graphique 1).

Graphique 1 : Évolution du trafic Internet
Change in internet traffic
Source: Cloudflare, Juin 2020

Dans certains pays, l'utilisation des données a connu une augmentation immédiate en mars, alors que la croissance a été plus progressive dans d'autres pays, comme en France et en Italie. Ces divergences sont peut-être moins liées aux mesures de confinement (qui ont été strictes dans toute l'Europe) qu'aux activités privilégiées par la population lorsqu’ils étaient confinés chez eux. La diffusion de vidéo en streaming représente une grande partie de l'augmentation du trafic : les heures de visionnage ont augmenté de 70 % en Europe au premier trimestre, plus que dans toute autre région.1

Graphique 2 : Augmentation des heures de visionnage au 1er trimestre 2020 vs. 1er trimestre 2019
Increase in viewing hours Q1 2020 vs Q1 2019
Source: Conviva, 1er trimestre 2020

Netflix a annoncé 15,8 millions de nouveaux abonnés au 1er trimestre, soit plus du double de ses prévisions précédentes2, tandis que le nouveau service de vidéo en streaming de Disney a séduit 22 millions de personnes pendant la période de confinement en Europe3. L'augmentation de la vidéo à la demande a été si rapide que le commissaire européen Thierry Breton a demandé aux fournisseurs de contenu de passer en flux standard pour éviter la surcharge des réseaux.

La distanciation sociale a diffusé Internet dans de nombreux aspects nouveaux de notre vie.

Néanmoins, la distanciation sociale a diffusé Internet dans de nombreux aspects nouveaux de notre vie. Cette croissance a naturellement eu un effet d’accélérateur sur la demande préexistante. Le rythme des nouveaux abonnements aux plateformes de vidéos et de jeux en ligne devrait ralentir en raison du retour progressif de la population au travail. Toutefois, cette expérience a montré que la « vie distanciée » était possible dans davantage de domaines qu'on ne le pensait, créant une demande nouvelle et durable pour les données.

Graphique 3 : Fréquence de recherche de termes sur Google (échelle mondiale)
Google search terms frequency (worldwide)
Source: Google, Juin 2020

Mais comme nombre de ces nouvelles applications nécessitent un trafic de données bidirectionnel, la pression sur les infrastructures existantes vont s’accumuler.

Demande accrue en services à haut débit

Dans l'ensemble, les réseaux européens ont bien réagi à la démultiplication des données. L'Ofcom, l'autorité britannique de régulation des communications, a fait état d’une baisse globale modeste de 2 % de la vitesse de téléchargement en mars - mais celle-ci a pu atteindre 6 % aux heures de pointe sur certains réseaux. Parallèlement, Uswitch, le site de comparaison de prix, a constaté une augmentation de 10 % du nombre de personnes en quête de fournisseurs de solutions à haut débit plus rapides depuis l'entrée en vigueur des mesures de restriction liées au coronavirus4. Cela n'est pas surprenant, dans la mesure où 25 % des ménages britanniques ont un débit Internet inférieur à 30 Mbits par seconde..5

Graphique 4 : Évolution de la vitesse de téléchargement en haut débit au Royaume-Uni (mars 2020)
Change in UK broadband download speed (March 2020)
Source : Ofcom, mai 2020

Avec la généralisation du travail à domicile, les familles vont probablement développer divers usages d’Internet (vidéos en streaming pour les enfants, alors que les parents travaillent). Cette tendance va accroître le besoin en connexions plus rapides et contribuer à la demande en technologies de « fibre optique au domicile » ou « fibre optique dans les locaux » (FTTH/FTTP), qui offrent les vitesses de connexion les plus rapides et une capacité de téléchargement élevée. Cela devrait particulièrement se vérifier dans les zones rurales, qui n'ont pas encore accès à des connexions en fibre optique.

Le déploiement de nouveaux réseaux FTTH a été provisoirement interrompu en raison des limites d’accès imposées pendant le confinement, mais les chiffres d’affaires en découlant devraient augmenter une fois ces problèmes résolus.

Centres de données : Malgré le risque locatif à court terme, des entreprises tireront leur épingle du jeu à long terme

Compte tenu de l’augmentation de la demande en données, la logique voudrait que les centres capables de stocker ou de traiter les données voient leur demande s’accroître. Comme la main-d'œuvre est plus dispersée, les entreprises, quelle que soit leur taille, pourraient chercher à privilégier les services informatiques externalisés et les réseaux dématérialisés pour optimiser la gestion de leur infrastructure informatique. Les centres de données et les entreprises offrant des services résilients et sécurisés devraient en bénéficier. Les investisseurs en sont bien conscients et ont propulsé le cours de bourse des société immobilières spécialisés dans les centres de données (cf. Graphique ci-dessous).

Graphique 6 : Cours de bourse des sociétés immobilières américaines spécialisés dans les centres de données 
US data centre REIT share prices
Source: Bloomberg, Juin 2020

Le nombre de centres de données en colocation a régulièrement augmenté ces dernières années, permettant aux entreprises de louer de l'espace informatique, des équipements et des services associés. À court terme, les opérateurs de ces sites sont exposés à un risque accru de défaillance des locataires dans le sillage de la crise économique, et aux demandes de renégociation des contrats par certains locataires.

Graphique 7 : Chiffres d’affaires des centres de données en colocation 
Revenues from wholesale and retail co-location data centre
Source : 451 research, Avril 2019

À plus long terme, cependant, nous pensons qu’un nombre accru d’entreprises vont dématérialiser leurs systèmes informatiques, ce qui soutiendra une demande vigoureuse pour le secteur. La récente annonce de KKR d'investir 1 milliard de dollars dans une plateforme de centre de données témoigne de la confiance accrue des investisseurs envers le secteur.

L’augmentation du trafic des données ne sera pas automatiquement source de revenus

Si la demande de données est évidente, les sources de revenus sont plus nuancées. Une partie de cette nouvelle demande, telle que la vidéo à la demande, est associée à un flux de revenus spécifique. Pourtant, une grande partie de la nouvelle demande vient d'applications gratuites, telles que les appels Zoom ou les actualités en ligne, ou concerne des services publics.

Les investisseurs doivent essentiellement s’intéresser aux modèles économiques de long terme des entreprises

Les investisseurs doivent essentiellement s’intéresser aux modèles économiques de long terme des entreprises

Les données sont certes devenues essentielles, mais les revenus du secteur devraient augmenter moins vite que la demande sous-jacente. Les fournisseurs d'infrastructures ne sont pas directement exposés au volume de données. Pourtant, face à une demande croissante, les investisseurs devraient essentiellement s’intéresser aux modèles économiques de long terme des entreprises. À court terme, lorsque ces infrastructures sont louées à des entreprises, le profil du locataire déterminera la performance des actifs. À long terme, la crise actuelle pourrait bien accélérer la transition vers des réseaux plus rapides.

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