COVID-19 : une reprise durable est-elle possible sans vaccin ?

Dans le monde entier, les pays peinent à faire redémarrer pleinement leur économie sans entraîner de nouvelles flambées de COVID-19. Ils ne connaîtront probablement qu’une reprise fragile tant qu'une solution pour contenir le virus ne sera pas trouvée, estiment Ian Pizer, Mark Robertson et Sunil Krishnan.

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COVID-19: Can a lasting recovery happen without a vaccine?

De manière compréhensible, les investisseurs voudraient savoir quelles sont les probabilités de parvenir à maîtriser la pandémie de COVID-19. Ceux qui sont en quête de réponses butent malheureusement sur des signaux contradictoires.

Prenons l’exemple de la recherche mondiale d'un vaccin. Selon l’Organisation mondiale de la santé, il existe actuellement à travers le monde 165 vaccins candidats, qui se trouvent à différents stades de développement. En ce qui concerne la recherche d'un traitement susceptible de guérir les patients, ou tout au moins d’améliorer leurs perspectives de rétablissement, le tableau est confus.

En ce qui concerne la recherche d'un traitement susceptible de guérir les patients, ou tout au moins d’améliorer leurs perspectives de rétablissement, le tableau est confus.  

Les perspectives économiques sont tout aussi incertaines. La reprise, selon les différentes estimations, pourrait prendre la forme d’un V, d’un U, d’un W ou d’un L. Même au sein de chaque banque centrale, les avis divergent sur l’hypothèse la plus probable.

Dans l’entretien qui suit, Ian Pizer (IP), stratégiste sénior multi-actifs et macroéconomie chez Aviva Investors, évoque les dernières avancées dans la lutte contre la pandémie, tandis que Mark Robertson (MR), responsable des fonds multi-stratégies, et Sunil Krishnan (SK), responsable des fonds multi-actifs, en évaluent les conséquences pour les économies et les marchés financiers.

Comment évaluez-vous actuellement les efforts de recherche d'un vaccin ?

IP : Les résultats sont globalement conformes à ce que nous espérions. De nombreux vaccins candidats produisent une réponse immunitaire mesurable et de bonne qualité. Néanmoins, nous ne savons pas encore si ces réponses immunitaires sont suffisantes pour assurer une protection contre l'infection ou la maladie. C’est tout l’enjeu des essais de phase III qui débutent pour plusieurs vaccins en développement.

Les perspectives économiques sont tout aussi incertaines. 

Il est rassurant d’observer qu’un certain nombre d’entre eux provoquent une réponse comparable, voire supérieure, à celle des patients qui se sont débarrassés du virus. Et il ne s'agit pas que de la production d’anticorps.

Certains se sont inquiétés que le niveau d’anticorps chez les patients rétablis diminue de manière inhabituellement rapide. Cependant, si l’on se concentre sur les descriptions des immunologistes, la baisse de production de plusieurs anticorps clés est conforme à ce que l’on peut attendre en phase post-infection. Au moment de l’infection, l’organisme produit de grandes quantités d’anticorps pour se défendre, mais cette réponse diminue ensuite avant de se maintenir à un niveau de base peu élevé. Il serait très mauvais pour la santé de conserver des niveaux élevés d'anticorps après chaque infection subie.

Quelle est selon vous la probabilité qu’un vaccin soit mis au point à court terme ?

IP : On peut toujours avancer des probabilités, mais cela serait vain dans le cas présent au vu du degré d’incertitudes. Ce que l'on peut dire, c’est que rien ne semble indiquer qu’un vaccin ne fonctionnera pas. Le fait que personne n’ait dit qu’il fallait recommencer à zéro est encourageant.

Pour autant, il faut admettre qu’il n’existe pas de remède miracle et que le chemin va être long. Même si un vaccin s'avérait efficace à 100 %, il faudrait encore pouvoir vacciner toute la planète et cela prendra du temps.

Les résultats sont globalement conformes à ce que nous espérions. 

Si la recherche d’un vaccin n’aboutit pas, quelles sont les perspectives en termes de traitement de la maladie ?

IP : Je suis sceptique quant aux chances de trouver un remède, mais on peut attendre une poursuite des progrès dans le traitement des malades. On en a déjà des preuves. Aux États-Unis, le nombre de décès a récemment été moins élevé que ce que l’on pouvait craindre au vu des taux d’infection observés durant les six dernières semaines, même si l’on tient compte du délai entre les deux. Il semble donc que l'on ait sensiblement progressé dans le traitement des patients depuis le printemps. Cela ne résulte évidemment pas d’un remède miracle, mais plutôt d’une série de leçons tirées de l’expérience acquise, qui pour la plupart sont d’ailleurs assez élémentaires.

Ainsi, au début de la pandémie, on pensait que le recours rapide au respirateur artificiel pour les malades les plus graves pouvait améliorer leurs chances de guérison, alors qu’en fait, il s’est avéré plus efficace de ne pas le faire dans certains cas. Le simple fait de retourner sur le ventre des patients allongés sur le dos s’est également révélé utile. La compréhension des différentes phases de la maladie est également bien meilleure, et des progrès ont été accomplis dans le dépistage.

Il est donc possible d’espérer ; si la mise au point d’un vaccin ou d’un traitement devait prendre plus de temps, nous pourrions maîtriser la propagation du virus avec de moindres restrictions, et un moindre impact économique, que ce que nous avons observé jusqu’ici.

La Chine semble être parvenue à contenir le nombre d’infections tout en redémarrant son économie. Comment a-t-elle fait ?

IP : La Chine nous a montré que la diffusion du virus est plus contrôlable que de nombreux experts occidentaux ne le pensaient. Ceux-ci estimaient que nous pourrions peut-être aplatir la courbe mais que nous ne ferions que retarder une vague qui finirait de toute façon par arriver. Aujourd’hui, on voit que le virus peut être contenu si l'on est suffisamment déterminé.

Même si un vaccin s'avérait efficace à 100 %, il faudrait encore pouvoir vacciner toute la planète et cela prendra du temps. 

Tout le monde s’emballe à l’idée que la technologie va nous sauver. En réalité, aucun autre pays n’a pu faire adopter dans les mêmes proportions les applications nécessaires pour atteindre cet objectif. En Chine, télécharger l'application n’était pas optionnel mais obligatoire. Impossible d’utiliser les transports en commun ou d’entrer dans un commerce sans pouvoir faire état de son « statut » vert, orange ou rouge.

La Corée du Sud s’en est bien sortie pour un certain nombre de raisons, notamment parce qu’elle a accès aux données de localisation des individus grâce à leurs téléphones. Lorsque quelqu’un est testé positif, les autorités avertissent ceux qui sont susceptibles d’avoir été en contact étroit avec cette personne. Il apparaît donc clairement que la capacité d'un pays à contenir la maladie est liée à sa faculté de dépasser les craintes de violation de la vie privée.

Les États-Unis se trouvent dans la situation inverse. Quelle est la solution là-bas ?

IP : Le principal obstacle est d’ordre politique. Aujourd’hui, Donald Trump affirme que le port du masque constitue un geste patriotique, mais s’il avait tenu ce discours et soutenu la distanciation sociale il y a quatre mois, le pays serait peut-être dans une meilleure posture.

Dans certaines régions du sud, le système médical n’est de nouveau plus capable de traiter les patients non-COVID. Il faut trouver comment ramener le nombre d’infections à un niveau permettant au système de soins de fonctionner normalement. Cela ne signifie pas que nous verrons de nouveau des situations comme celles qu'ont pu connaître New York, Londres ou le nord de l’Italie, mais le risque est qu’une tentative de réouverture précoce n’entraîne un retour à un niveau d’infections problématique.

La compréhension des différentes phases de la maladie est également bien meilleure, et des progrès ont été accomplis dans le dépistage. 

Est-ce que le soutien des banques centrales/des gouvernements suffira à empêcher une seconde chute de l’activité économique, potentiellement plus longue ?

MR : Les gouvernements occidentaux se sont livrés à des interventions massives, ce qui était nécessaire pour empêcher une contraction encore plus forte. Il y aura sans doute d'autres mesures de relance aux États-Unis mais, à un moment, il faudra voir quelle est la vigueur sous-jacente de ces économies une fois que ce niveau exceptionnel de soutien public commencera à diminuer.

SK : Même si un vaccin passait avec succès les essais de phase III demain, nous aurions encore devant nous une longue période de lancement durant laquelle les difficultés actuelles en termes sanitaires et économiques persisteraient. En outre, un grand nombre de mesures de soutien d’urgence vont expirer, ce qui pourrait affecter les revenus et la confiance des ménages.

C'est la raison pour laquelle la Fed et d'autres ont clairement indiqué qu'une nouvelle relance budgétaire était nécessaire. Elle le sera d'autant plus si d'autres flambées épidémiques entraînent d’importants reculs de l'activité économique. Il apparaît que l'activité ralentit dans les zones où le nombre de cas augmente, même en l'absence de restrictions officielles. Il est encourageant de voir que de nombreux pays pensent être capables de gérer des flambées épidémiques au moyen de mesures localisées plutôt qu’en décrétant un confinement général. Néanmoins, cela pèse toujours sur les attentes des investisseurs d’un retour progressif à la « normale ».

MR : On peut se féliciter de l’incomparable coordination des politiques budgétaires et monétaires par rapport à la crise financière mondiale, où l'austérité avait été considérée comme la réponse adéquate à l’augmentation des déficits. On peut s'interroger sur l’efficacité qu’a eue l'assouplissement quantitatif sur la croissance et l’inflation, même s’il a soutenu les actifs financiers. Il sera intéressant de voir jusqu’à quel stade de la reprise l'expansion budgétaire sera poursuivie.

Que pensez-vous de la reprise spectaculaire des actions ?

Si la mise au point d’un vaccin ou d’un traitement devait prendre plus de temps, nous pourrions maîtriser la propagation du virus avec de moindres restrictions.

SK : Des avancées sur un vaccin soutiendraient les actions – notamment celles des entreprises pour lesquelles la pandémie représente une menace existentielle, comme les spécialistes des loisirs ou les compagnies aériennes. Il ne faut toutefois pas sous-estimer les délais nécessaires à toute mise sur le marché d’un vaccin.

Nous préférons les marchés européens, principalement pour trois raisons : parce que les valorisations des actions américaines sont très tendues, que les pays européens semblent avoir mieux géré leur déconfinement et que l’Europe paraît s’être mise en ordre de marche en termes de réponse budgétaire.

Je veillerais toutefois à ne pas trop sous-pondérer les États-Unis, vu la manière dont de nombreuses entreprises technologiques ont profité des tendances créées par la pandémie, qu’il s’agisse de la transition vers le télétravail et l’école à la maison, ou de l’augmentation du commerce électronique.

La capacité d'un pays à contenir la maladie est liée à sa faculté de dépasser les craintes de violation de la vie privée. 

Et en ce qui concerne les obligations ?

IP : Les obligations américaines sont celles qui offrent encore les rendements les plus élevés. En allant plus loin sur la courbe, vous obtiendrez probablement de modestes rendements dans la mesure où la sortie de crise prendra du temps. Un échec des recherches sur un vaccin pourrait produire des gains non négligeables. Mais il y a peu d'argent à gagner sur la plupart des marchés.

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