Les actions européennes ont enregistré des performances soutenues ces derniers mois malgré un risque politique omniprésent. Ed Kevis, gérant actions européennes chez Aviva Investors, explore le caractère durable de cette reprise.

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Tout au long de la dernière décennie, il a été bien difficile de séparer le fait politique de l'économique au sein de la zone euro. Dans ce contexte, la surperformance des actions européennes par rapport à leurs homologues américaines et japonaises en 2017 alors même qu'une série cruciale d'élections intervient à travers le continent cette année, pourrait semer la perplexité.1

L'élan se reflète dans les flux de capitaux soutenus en faveur des actifs européens. L'optimisme croissant à l'égard des perspectives de croissance mondiale et la hausse de l'inflation dopent les allocations dans la région. Selon EPFR Global, la semaine du 12 avril a connu les volumes de flux entrants vers les actions du continent les plus élevés depuis janvier 2016.2Pourtant, face aux négociations du Brexit en cours et à une carte politique qui pourrait bien se redessiner à l'échelle du continent, nous interrogeons Ed Kevis sur la carte de la prudence à jouer.

Après une décennie de croissance atone et d'incertitude, les perspectives de croissance en Europe semblent finalement s'améliorer. En quoi cet environnement est-il favorable aux actions ?

EK : L'environnement apparaît très favorable. Les statistiques économiques sont assez bonnes, en particulier en Allemagne. Les enquêtes auprès des entreprises, notamment les indices des directeurs d'achat, restent solides et bien supérieures aux chiffres officiels. Tout ceci fait écho à la croissance et à une confiance revigorée dans un certain nombre de pays et de secteurs. Par ailleurs, on note pour la première fois depuis de nombreuses années la révision à la hausse des prévisions de résultats en Europe. Je suis enthousiaste à l'égard des perspectives de croissance et des indicateurs de confiance en Europe, en particulier si l'inflation continue de remonter.  

Les marchés semblent garder leur calme face aux risques politiques. Comment est-ce possible ?

EK : La réélection anticipée d'un parti centriste aux Pays-Bas en mars dernier a apaisé les esprits. En France, l’apaisement est aussi de mise car si la candidate du Front national, Marine Le Pen, est parvenue au second tour le 7 mai, le candidat proche du monde des affaires, Emmanuel Macron et son mouvement ‘‘En Marche’’ ont remporté les élections.

En Allemagne, le parti Alternative für Deutschland (AfD), hostile aux migrants, n'a guère gagné en popularité ces derniers temps et les sondages lui attribuent environ dix pour cent des votes. Angela Merkel vient de dépasser les sociaux-démocrates du centre gauche avec Martin Schulz après être restée derrière lui depuis février.Il y a toutes les chances que l'automne voit arriver un parti centriste au pouvoir de la première économie européenne.

Dans le même temps en Italie, si le Mouvement populiste 5 Étoiles est en tête des enquêtes d'opinion, il est peu probable que le parti puisse former un gouvernement de majorité à court terme. Malgré les appels des deux principaux partis du pays – le Parti démocrate (PD) et le Mouvement 5 Étoiles – à une élection anticipée cette année et les niveaux atteints par 5 Étoiles dans les sondages, le risque d'une sortie de la zone euro ou d'un gouvernement majoritaire du parti populiste reste une perspective éloignée. Parallèlement, l'Italie continue d'avancer, lentement mais sûrement, sur la voie de la réforme.

Jusqu'à présent, le marché a su dépasser les risques politiques et la confiance a été dopée par les perspectives de croissance mondiale favorables. Toutefois, nous ne pouvons pas écarter l'éventualité de pics de volatilité accrue sur les marchés européens tout au long de l'année, au fil de l'approche des élections ou des surprises sorties des urnes.

Pourquoi le Brexit a-t-il eu en particulier si peu d'impact sur les marchés européens ?

EK : Le gouvernement britannique a attendu le mois de mars pour invoquer l'Article 50 et déclencher le début de son processus de sortie de l'UE. Si tout le monde sera très attentif aux arbitrages et à l'impact du Brexit, l'Europe semble plus importante au Royaume-Uni que l'inverse. Seuls neuf pour cent des recettes générées en Europe continentale proviennent des échanges commerciaux avec le Royaume-Uni.

Les investisseurs européens sont-ils préoccupés par la montée du protectionnisme ?

EK : Le spectre des guerres commerciales sont en effet une source d'inquiétude. Ceci étant, notre approche d'investissement n'en est pas modifiée et les entreprises de qualité supérieure aux modèles économiques solides devraient continuer de bien s'en sortir.

L'accent protectionniste en provenance des États-Unis n'a pas encore traversé l'Atlantique. Nous devons attendre de voir quelles politiques Trump va mettre en place au plan commercial. Certaines entreprises seront plus exposées que d'autres aux guerres commerciales. Mais les sociétés devraient poursuivre leurs activités normalement dans les conditions connues. Si vous vendez le bon type de produits pour le marché américain et que les consommateurs américains en ont toujours besoin, il n'y a alors pas de raison que vous ne tiriez pas votre épingle du jeu.

Quels sont les secteurs les plus porteurs et, à l'inverse, ceux qui pourraient être surévalués ?

EK : L'informatique, les services financiers, les voyages, les loisirs et l'industrie semblent offrir les plus belles opportunités. À l'opposé, les valorisations sont élevées dans l'industrie alimentaire et les boissons et dans les biens de consommation de base même si certains acteurs y sont très bien placés.

Après avoir sous-performé les actions américaines depuis 2008, les actions européennes attireront des flux croissants ces derniers temps. Comment les valorisations réagissent-elles sur une base relative ?

EK : Les actions américaines s'échangent à un multiple PER d'environ 18,7 fois contre 15,6 fois pour les actions européennes. Les arguments en faveur d'une surpondération de l'Europe par rapport aux États-Unis sont donc massifs. Nous observons maintenant des révisions à la hausse des résultats plus marquées en Europe qu'Outre-Atlantique. Les bénéfices des entreprises américaines devraient rester relativement solides et ont dépassé ceux de l'Europe depuis la crise financière, l'Europe rattrape actuellement son retard.

La croissance des marges bénéficiaires de l'Europe a été plus soutenue qu'aux États-Unis l'an passé : pensez-vous que cela continuera ?

EK : Nous continuons de tabler sur une croissance forte des marges bénéficiaires européennes, soutenues par le renforcement de l'inflation. Après une hausse soutenue ces dernières années, les marges américaines pourraient subir plus de pressions à la baisse tandis que les marges européennes devraient bénéficier de l'amélioration de la situation économique à travers la région. À mesure que leurs résultats se relèvent, les sociétés européennes devraient profiter d'un levier opérationnel plus grand que leurs homologues aux États-Unis.

L'activité de fusion-acquisition qui s'est relevée ces derniers mois  sera-t-elle un élément moteur pour les actions européennes en 2017 ?

EK : La confiance accrue en Europe et les perspectives de croissance mondiale faciliteront la tâche des équipes dirigeantes pour justifier leurs acquisitions. Nous anticipons donc un nombre accru de rapprochements dans un large éventail de secteurs qui viendront étayer le marché. Une monnaie européenne plus stable pourrait également favoriser les opérations en Europe de la part des entreprises extérieures à la région. C'est tout particulièrement le cas des investisseurs américains qui ont profité d'un dollar plus fort.

Certaines opérations sont motivées par une démarche stratégique comme une meilleure gestion de la chaîne d'approvisionnement. À titre d'exemple, l'opération lancée en janvier entre le groupe optique français Essilor et Luxottica en Italie, pour un montant proposé de 50 milliards d'euros, rapproche deux entreprises sur deux segments légèrement différents de la chaîne d'approvisionnement dans l'objectif de dégager des économies de coûts. De la même manière, certaines rumeurs tablent sur une fusion entre les activités ferroviaires de Siemens et Bombardier au Canada. Ceci étant, la plupart des opérations en Europe devraient intervenir sur des entreprises plus petites.

Êtes-vous préoccupé par l'impact potentiel de la réduction des achats d'actifs de la BCE ?

EK : La réduction progressive de l'assouplissement quantitatif devrait soutenir les perspectives des actions, notamment sur le segment bancaire. Si la fin des opérations de financement à long terme de la BCE réduira les opportunités de financement bancaire, la hausse des taux et la croissance des prêts devraient être positives pour les bénéfices des banques. Le « tapering » donnera plus d'accès à des réserves de capital pour les entreprises qu'elles pourront utiliser pour investir et rétribuer leurs actionnaires, je n'ai donc pas d'inquiétude sur ses répercussions potentielles.

Y a-t-il d'autres facteurs qui pourraient conduire les actions européennes dans les mois à venir selon vous ?

EK : L'inflation est à ne pas perdre de vue, s'assurer que la hausse des prix s'infiltre dans l'économie comme prévu. Tout signe de tassement de l'inflation et de son effet de frein sur la reprise aurait des conséquences néfastes sur la confiance. Il est clair que les risques géopolitiques pourraient impacter les actifs en Europe mais ils n'épargneront pas plus le reste du monde. 

 

Source 1 : Thomson Reuters Datastream, résultats en USD, 19 avril 2017

Source 2 : ‘Investors look to Europe, Emerging Markets in wake of geopolitical shocks’, Wealth Management.com, 18 avril 2017

http://www.wealthmanagement.com/equities/fund-flows-investors-look-europe-emerging-markets-wake-geopolitical-shocks

Source 3 : ‘New poll puts Merkel, CDU back up as election nears’, Deutsche Welle, 14 avril 2017

http://www.dw.com/en/new-poll-puts-merkel-cdu-back-up-as-election-nears/a-38430085

 

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