3 minute read

Le premier budget du chancelier Philip Hammond démontre que le gouvernement britannique peine encore à contenir le déficit malgré une amélioration des perspectives économiques à court terme : analyse de Stewart Robertson, Economiste Sénior Royaume-Unis et Europe chez Aviva Investors.

Pour la présentation de son premier budget en tant que chancelier de l’Échiquier, Philip Hammond a tenu à mettre en avant les aspects positifs, soulignant par exemple que l’économie britannique « continue de surprendre les commentateurs par la vigueur de sa croissance », ce qui renforce la position de la Grande-Bretagne dans les négociations sur sa sortie de l’Union européenne.

La croissance économique de 2017 devrait être plus forte que prévu auparavant, selon « l’Office for Budget Responsibility » (OBR), l’autorité indépendante de surveillance du budget. L’OBR anticipe désormais une croissance de 2 % cette année, alors qu’elle n’annonçait qu’une croissance de 1,4 % dans son Rapport d’automne publié en novembre.

Il serait faux pourtant de croire que tout va pour le mieux du fait de ces anticipations. Si l’agence a relevé ses pronostics de croissance en 2017, elle a en revanche revu à la baisse ses anticipations pour l’ensemble de la période 2016-2021 depuis novembre. De plus, le déficit budgétaire britannique devrait désormais se creuser de 6,5 milliards de livres sterling (GBP) au cours de cette année, et non se réduire de 7,2 milliards de GBP comme anticipé auparavant. Ce dernier développement s’explique en partie par « des changements dans le calendrier des demandes de contribution de l’UE ».

Cette escalade des déficits ne laisse au chancelier qu’une faible marge de manœuvre pour adopter des politiques de soutien économique. M. Hammond a réussi à débloquer 2 milliards de GBP supplémentaires pour les aides sociales, mais sur le reste il fait preuve de prudence, s’engageant à garder de côté les recettes fiscales supplémentaires attendues cette année par le Trésor britannique pour amortir les chocs éventuels liés au Brexit et à ses incertitudes. Le chancelier a aussi risqué une controverse en relevant le niveau de cotisations de la sécurité sociale (National Insurance) des auto-entrepreneurs.

Dans cette interview, Stewart Robertson, Economiste Sénior au sein d’ Aviva Investors, analyse ce budget et ce qu’il révèle sur la situation de l’économie britannique.

Comment les projections économiques de l’OBR se situent-elles par rapport aux autres pronostics sur la croissance ?

Les projections macroéconomiques à court terme ont été fortement révisées à la hausse, jusqu’au niveau des 2 %. Cela confirme ce que nous savions déjà, c'est-à-dire que l’économie britannique a démontré une résistance remarquable depuis le référendum de juin dernier. Il est possible que les chiffres de l’OBR pèchent légèrement par excès d’optimisme, puisque l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) ne prédit qu’une croissance de 1,6 % cette année au Royaume-Uni. Toutefois, l’attitude confiante du chancelier est bien compréhensible.

M. Hammond a annoncé un relèvement des cotisations de « catégorie quatre » de la « National Insurance ». Cela changera-t-il quelque chose pour les finances publiques ?

Le chancelier veut réduire l’écart entre les cotisations payées par les employés et celles versées par les auto-entrepreneurs. Il aurait pu choisir de réduire les cotisations des employés mais il a préféré relever celles des auto-entrepreneurs car il essaye de maîtriser le déficit budgétaire. Selon les projections de l’OBR, les recettes de cotisations à la « National Insurance » pour le gouvernement devraient s’élever ainsi à 152,4 milliards de GBP en 2021-2022 contre 114 milliards GBP en 2015-2016. Toutefois, cette mesure a été reçue comme une augmentation d’impôts et provoque déjà une controverse politique.

Le chancelier s’est engagé à garder de côté les recettes fiscales supplémentaires de cette année plutôt que d’adopter des mesures de stimulation budgétaire supplémentaires. Est-ce une bonne décision ?

Oui. Je ne suis pas complètement pessimiste sur les perspectives de croissance au Royaume-Uni, cependant il est indéniable qu’il existe des risques baissiers importants. Il est trop tôt pour affirmer que le Brexit se fera sans douleur. La Banque d’Angleterre est intervenue rapidement pour soutenir l’économie après le référendum de l’an dernier, en réactivant l’assouplissement quantitatif et en réduisant les taux d’intérêts, ce qui a peut-être retardé une partie des conséquences économiques négatives de l’issue de ce scrutin. De plus, si le Royaume-Uni devait connaître des difficultés dans les négociations de ce divorce, il aura certainement bien besoin de ce « trésor de guerre » fiscal pour protéger son économie. Ce n’était pas le bon exercice budgétaire pour se montrer dispendieux.

Quels sont les risques potentiels pour l’économie britannique ?

Le climat d’incertitudes représente le plus grand des risques. Certains signes suggèrent que l’incertitude affecte déjà les investissements des entreprises. Il est possible que des entreprises qui avaient prévu de démarrer des programmes d’embauche ou d’expansion préfèrent actuellement rester dans l’expectative, en attendant que l’issue des négociations se dessine de manière plus claire. Ce phénomène pourrait bien freiner la croissance.

La hausse de l’inflation est  une autre source d’inquiétude potentielle. Il y a un an, le taux d’inflation était de zéro, et la croissance réelle des salaires s’élevait à 2,5 %. D’ici un an, on pourrait passer à une inflation de 3 %, avec une croissance des salaires qui resterait de 2,5 %, et dans ce cas la progression des salaires réels deviendrait négative. Pour les consommateurs, cela changerait complètement la donne. Une réduction de la consommation des ménages pénaliserait la croissance, toutefois, nous estimons que l’essor actuel de l’inflation n’est probablement qu’une conséquence temporaire du recul de la livre sterling et de la montée des cours pétroliers, de sorte que l’inflation devrait commencer à retomber dès 2018.

La baisse de la livre sterling n’a-t-elle pas profité aux exportateurs britanniques ?

La baisse de la livre sterling a bien été favorable pour les exportateurs, cependant les avantages en termes de commerce extérieur ont été « relativement modestes dans une perspective historique », a rapporté l’OBR. Selon cette agence, le coup de pouce pour les exportateurs ne serait pas suffisant à compenser l’affaiblissement prévisible de la demande intérieure.

Le chancelier a annoncé de nouvelles initiatives pour soutenir la productivité, y compris le financement de doctorats dans les domaines des sciences, technologies, ingénieries et mathématiques (STEM), ainsi qu’une enveloppe de 690 millions GBP aux autorités locales pour lutter contre la congestion urbaine. Ces mesures feront-elles la différence ?

Ces initiatives sont bonnes, mais elles n’ont qu’un impact mineur à l’échelle globale. Leur impact macroéconomique sera probablement négligeable.

Selon l’économiste Paul Krugman, « la productivité n’est pas tout, mais sur le long terme c’est presque tout ». Il n’y a pas de remède miracle. La productivité au Royaume-Uni est inférieure à celle de la France, de l’Allemagne ou des États-Unis, toutefois le faible niveau de la productivité est un problème commun à tous les pays développés, car il est bien plus difficile de réaliser des gains de productivité dans une économie basée sur les services que dans celles qui se reposent davantage sur l’industrie. C’est un problème contre lequel les pouvoirs publics n’ont pas fini de lutter.

Comment les marchés ont-ils accueilli ce budget ?

Les marchés financiers ont peu réagi à l’annonce de ce budget. L’indice FTSE 100 s’est raffermi légèrement à la fin du discours, toutefois il a clôturé la séance en baisse de 0,6 % par la suite. Les rendements des Gilts (obligations d’État britanniques de référence) ont terminé la séance en légère progression, toutefois d’autres pays ont également enregistré une hausse des rendements obligataires.

L’attention des marchés va désormais se porter sur l’ouverture des négociations en vue du Brexit. Je serais surpris que l’activation de l’Article 50 laisse tous les marchés d’actifs impassibles. L’évolution des négociations, réelle ou perçue, aura un impact déterminant dans les mois à venir.

Information importante

Ce document est destiné exclusivement à des investisseurs professionnels et contreparties éligibles au sens de la Directive « MIF » n°2004/39/CE du 21 avril 2004 relative aux marchés d’instruments financiers.

Son contenu n’est pas destiné à une clientèle de particuliers et il ne doit pas être utilisé comme support de présentation à leur destination.

Aviva Investors est la dénomination commerciale de la branche de gestion d’actifs du groupe Aviva.

Il ne saurait être assimilé à une activité de démarchage, à une quelconque offre de valeur mobilière ou instrument financier que ce soit ou de recommandation d’en acheter ou d’en vendre.

Il contient des éléments d’information et des données chiffrées qu’Aviva Investors France considère comme fondés ou exacts au jour de leur établissement. Pour ceux de ces éléments qui proviennent de sources d’information externes, leur exactitude ne saurait être garantie.

Les analyses présentées reposent sur des hypothèses et des anticipations d’Aviva Investors France, faites au moment de la rédaction du document qui peuvent être totalement ou partiellement non réalisées sur les marchés. Elles ne constituent pas un engagement de rentabilité et sont susceptibles d’être modifiées.

La valeur d'un investissement sur les marchés peut fluctuer à la hausse comme à la baisse, et peut varier en raison des variations des taux de change. En fonction de la situation économique et des risques de marché, aucune garantie n’est donnée sur le fait que les produits ou services présentés puissent atteindre leurs objectifs d’investissement.

Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Ce document ne peut être reproduit sous quelque forme que ce soit ou transmis à une autre personne que celle à qui il est adressé.

Ce document est établi par Aviva Investors France, société de gestion de portefeuille de droit français agréée par l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) sous le n° GP 97-114, Société Anonyme à Directoire et Conseil de Surveillance au capital de 17 793 700  euros, dont le siège social est situé au 14 rue Roquépine, 75008 Paris, immatriculée au Registre du Commerce et des Sociétés de Paris sous le numéro 335 133 229.