Durant cette campagne, les idéologies politiques et économiques des candidats Républicain et Démocrate sont diamétralement opposées.


Ces dernières années, le résultat des élections présidentielles américaines a rarement été considéré comme marquant un réel tournant pour l’économie mondiale ou pour les marchés financiers[1] . Cependant, la bataille de cette année, marquée par la candidature de Donald Trump - peut-être le candidat le plus controversé de l’histoire contemporaine - pourrait s’avérer particulièrement significative.

Si certaines des prises de position de Donald Trump sont cohérentes avec les principes traditionnels du parti Républicain – un laissez-faire économique et un gouvernement peu intrusif – ses opinions sur le commerce et l’immigration représentent une réelle rupture avec le passé.

Il est difficile d’évaluer les répercussions économiques d’une victoire de Donald Trump. Il propose la plus forte baisse d’impôts de l’histoire des Etats-Unis. Selon des estimations réalisées par des sources indépendantes, le coût de ces réductions d’impôts s’élèverait à entre 6000 et 7000 milliards $ sur les 10 premières années, et à plus de 20 000 milliards $ d’ici 2036[2] . Pour le candidat Trump, ces baisses d’impôts seraient autofinancées grâce à une croissance économique plus forte. Aucune analyse indépendante n’a été réalisée permettant de valider cet argument.

En parallèle, Donald Trump s’est engagé à réaliser des dépenses allant jusqu’à 500 milliards $ dans des projets d’infrastructure. Globalement, il est estimé que son programme budgétaire ferait passer la dette du gouvernement fédéral à 127% du PIB au cours des dix prochaines années, contre 86% du PIB sur la base des propositions actuelles[3]. Dans les faits, si les mesures fiscales et budgétaires de Donald Trump sont votées, le stimulus budgétaire, financé par de la dette, serait majeur. Mais la grande question est de savoir si l’incertitude accrue liée à une victoire de Trump aux élections présidentielles aurait un effet négatif supérieur aux gains attendus.

A l’instar de la réaction initiale au vote pro-Brexit au Royaume-Uni, nous pensons que les niveaux de confiance des entreprises et des consommateurs chuteraient brutalement si le candidat Trump gagnait les élections. Cependant, tout comme au Royaume-Uni, cette baisse ne se traduirait pas forcément par un affaiblissement immédiat de l’activité économique. Le risque principal proviendrait sans doute d’une baisse massive de l’investissement des entreprises.

Bien entendu, une évaluation de l’impact potentiel du vote aux élections présidentielles doit s’accompagner d’une analyse des résultats des élections du Congrès. Les Républicains contrôlent actuellement les deux Chambres du Congrès. Le parti dispose d’une marge suffisamment importante dans la Chambre des Représentants et il est peu probable qu’il en perde le contrôle. Cependant, la situation est plus serrée au Sénat. Il est probable que le candidat vainqueur aux élections présidentielles remporte également le Sénat.

Si Hillary Clinton est élue, la Chambre du Congrès serait divisée et la probabilité de blocage politique serait plus élevée. En cas de victoire de Donald Trump, il disposerait de la majorité au Congrès – ce qui faciliterait la mise en œuvre de son programme, notamment dans le domaine fiscal, qui est globalement aligné avec les propositions des Républicains. Cependant, le Congrès serait également contraint de rehausser immédiatement le plafond de la dette, ce qui pourrait être un exercice excessivement difficile, car ce plafond a servi d’outil politique pour les Républicains durant les deux mandats de Barack Obama.

Pour cette raison, le programme de dépenses en infrastructure de Trump risque de ne pas être voté, ou tout du moins, d’être révisé à la baisse. En cas de victoire du candidat Républicain, nous pensons que la Réserve Fédérale américaine remettrait à plus tard les hausses de taux, en attendant d’avoir plus de visibilité sur les perspectives économiques.

Il est difficile de mesurer les effets immédiats et à plus long terme d’une victoire de Donald Trump sur les marchés financiers. A court terme, nous nous attendons à une hausse de l’aversion au risque. Celle-ci se traduirait par un fort mouvement de vente sur les actions, un rally sur les marchés obligataires et un léger renchérissement du dollar. A plus long terme, si le programme économique est voté par le Congrès, et si ses mesures plus extrêmes dans le domaine du commerce sont mises au placard, nous anticipons une hausse de l’inflation, un renforcement sensible des émissions de dette souveraine et une appréciation du dollar. En parallèle, la progression des taux américains devrait s’accélérer et la courbe des taux se pentifier.

Le principal risque d’une victoire du candidat Républicain serait que ses programmes fiscaux et budgétaires soient bloqués, mais qu’il mette ses menaces à exécution avec une hausse des tarifs douaniers. 

Face à une incertitude accrue, l’absence de stimulus budgétaire et le spectre d’une guerre commerciale, les Etats-Unis pourraient rapidement sombrer en récession et entraîner le reste du monde dans leur sillage.

Selon l’Organisation Mondiale du Commerce, le protectionnisme est déjà en hausse. Il est probable qu’une victoire de Trump alimente encore cette tendance. Par exemple, il a préconisé le retrait des Etats-Unis des négociations sur le libre-échange avec l’Europe et les pays de la région du Pacifique et s’est engagé à abroger l’Accord de Libre-Echange Nord-Américain. Il a également menacé de mettre en place d’importants tarifs douaniers unilatéraux sur les biens en provenance du Mexique et de Chine, et a promis de contraindre les entreprises américaines à rapatrier leur production.

Ainsi, une victoire de Trump pourrait s’avérer extrêmement déstabilisante et constituer un risque important pour la croissance économique à moyen terme. Elle serait particulièrement dommageable pour les pays avec de petites économies ouvertes et pour les grands marchés émergents, tout particulièrement le Mexique.

Au cours des derniers mois, la classe d’actifs qui a été le plus corrélée avec l’évolution des scores de Donald Trump dans les sondages d’opinion a été le peso mexicain. Au regard des propos qu’il tient envers les immigrants mexicains et les importations de biens manufacturiers – les exportations vers les Etats-Unis représentent environ 30% de la production industrielle mexicaine – le peso sera le grand perdant en cas de victoire de Trump.

L’orientation politique de Hillary Clinton est beaucoup plus en phase avec les traditions du parti Démocrate. Son programme économique s’articule autour de mesures de relance modérées ; certaines visent à doper la productivité et à améliorer le filet de protection sociale. Au cours des deux prochaines années, ces programmes ne devraient pas avoir suffisamment d’impact sur la croissance économique pour remettre en cause la politique monétaire actuelle.

Au regard de la continuité politique associée à une victoire de la candidate Démocrate, les marchés financiers devraient réagir de manière plutôt modérée. Les actions américaines devraient bénéficier d’un léger coup de fouet reflétant la baisse du risque politique, mais nous n’attendons pas de réaction particulière du côté du dollar ou du marché des Bons du Trésor.

Ceci étant dit, concernant les marchés des actions américaines et des obligations privées, le résultat des élections pourrait néanmoins avoir des répercussions importantes sur les différents secteurs d’activité.

La proposition de Donald Trump visant à réduire les impôts sur les entreprises pourrait être avantageuse pour tous les secteurs si elle est mise en œuvre, notamment pour les multinationales du secteur des technologies de l’information, qui détiennent des comptes de trésorerie très abondants à l’étranger.

Les sociétés de construction et d’infrastructures pourraient également être les grandes gagnantes d’une forte hausse des dépenses publiques, quel que soit le vainqueur. Hillary Clinton a proposé de porter les dépenses sur des projets d’infrastructures à 275 milliards $ au cours des 5 prochaines années. Ces dépenses devraient privilégier les autoroutes, les transports publics et les aéroports.

En revanche, les secteurs d’activité comme l’agriculture, l’hôtellerie et les ventes de détail, qui emploient un grand nombre de travailleurs à faible salaire, semblent vulnérables quel que soit le résultat des élections. Hillary Clinton est favorable à une hausse soutenue du salaire minimum fédéral, qui aurait pour effet d’augmenter fortement les charges des entreprises. Si Donald Trump prône une hausse plus modérée, ses mesures destinées à réduire l’immigration illégale pourraient renchérir plus qu’il ne le souhaite le coût de la main d’œuvre.

La santé sera également sous les projecteurs. Les deux candidats s’accordent sur le fait qu’une réforme du secteur de la santé s’impose ; mais les solutions proposées diffèrent. Hillary Clinton s’est largement exprimée sur les prix excessifs pratiqués par les laboratoires pharmaceutiques : si elle gagne, il est probable qu’une pression accrue soit exercée sur les fabricants de médicaments pour réduire leurs tarifs. Mais en parallèle, puisqu’elle s’est engagée à poursuivre l’Affordable Care Act d’Obama, une victoire de la candidate Démocrate serait positive pour les assureurs et les autres sociétés de services de santé. A contrario, Donald Trump prévoit d’abroger l’Affordable Care Act, ce qui représenterait une mauvaise nouvelle pour ces mêmes sociétés d’assurance et de services.

L’engagement du candidat Républicain à appliquer des tarifs douaniers de 45% sur tous les produits chinois constitue une menace pour tout secteur ou entreprise aux Etats-Unis qui dépend des importations. Cependant, ces tarifs pourraient avantager certaines entreprises manufacturières domestiques qui ont souffert de la concurrence accrue en Chine ou ailleurs, notamment dans les secteurs de l’acier ou de l’automobile. Donald Trump souhaite également multiplier par deux les dépenses militaires, ce qui favoriserait le secteur de la défense, les fournisseurs d’équipement militaire et les constructeurs aéronautiques.

Hillary Clinton est une fervente partisane des énergies renouvelables et du durcissement de la politique environnementale ; elle souhaite en effet que les Etats-Unis produisent suffisamment d’électricité renouvelable pour alimenter tous les foyers américains d’ici les dix prochaines années. Son programme serait favorable au secteur des énergies propres – notamment le solaire et l’éolien. Donald Trump, en revanche, ne « croit pas » au réchauffement climatique et s’est engagé à annuler l’Accord de Paris sur le Climat et à mettre un terme au Clean Power Plan, qui n’a été lancé que l’année dernière. Ces mesures doperaient les valeurs de l’énergie et des mines de charbon.

[1]Si un sondage réalisé en juillet 2015 par Alan S. Blinder et Mark W. Watson intitulé, « Presidents and the U.S. Economy: An Econometric Exploration » par la Woodrow Wilson School et la Faculté de Sciences Economiques de l’Université de Princeton, relève que l’économie et la bourse américaines sont plus robustes lorsque le président est Démocrate que Républicain, aucun lien de cause à effet n’a été prouvé.

[2] Voir les estimations réalisées par le Centre de Politique Fiscale : http://www.taxpolicycenter.org/publications/analysis-donald-trumps-revised-tax-plan

[3] Comité pour un Budget Fédéral Responsable : http://crfb.org/blogs/scoring-clinton-and-trump-different-growth-assumptions 

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