A l’heure où les dirigeants mondiaux se réunissent à Marrakech à l’occasion de la conférence-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques pour discuter de la mise en œuvre de l’Accord de Paris, les investisseurs seraient avisés de s’intéresser à l’impact du ‘‘risque de transition’’ sur leurs portefeuilles selon Stéphanie Maier, Directrice Recherche et Stratégie.


Le 7 novembre, la vibrante ville de Marrakech sera l’hôte de la cop 22,  22ème Conférence-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). A cette occasion,  les leaders politiques aborderont les modalités pratiques à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs visés par les accords historiques de Paris, négociés lors du sommet de la COP21 en décembre 2015 et qui entrent en vigueur en novembre 2016. En vertu de cet accord, les différents gouvernements s’engagent à maintenir la hausse des températures à moins de 2 degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels, et de poursuivre les efforts menés pour limiter cette progression des températures à 1,5 degré.

La ratification des accords est intervenue beaucoup plus rapidement que de nombreux observateurs ne l’avaient anticipé : 191 membres du CCNUCC, dont les Etats-Unis, la Chine et l’Union Européenne, se sont accordés sur les différentes conditions, et ont mis en place des Contributions Déterminées au niveau National (CDN) pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de carbone. Ceci représente un grand pas en avant dans la lutte contre le changement climatique. Limiter le réchauffement de l’atmosphère provoqué par les activités humaines permettra de réduire l’ampleur des évènements météorologiques extrêmes, protégeant ainsi les communautés et les écosystèmes de dommages irréparables.

Les investisseurs devraient également se réjouir de la ratification rapide de l’Accord de Paris. Selon les résultats de la recherche commandée par Aviva Investors auprès de l’Economist Intelligence Unit (EIU),[1] une hausse des températures mondiales de cinq degrés entre 2016 et 2100 engendrerait des pertes de 7 trillions de dollars pour les portefeuilles (en valeur actualisée), soit un montant supérieur à la capitalisation boursière globale de la bourse de Londres. Et ce n’est pas simplement parce que les inondations, les feux de forêts et des épisodes de sécheresse endommageraient les actifs physiques, mais également parce que le changement environnemental engendrerait un affaiblissement de la croissance qui aurait des répercussions sur les marchés financiers. La recherche menée par l’EIU est claire : si la hausse des températures reste inférieure à deux degrés Celsius, ces prévisions de pertes seront alors sensiblement réduites.

Le risque de transition

Néanmoins, il est peu probable que cette évolution vers une économie à faible émission de carbone se déroule sans heurts ; et cette transition pourrait bien être source de nouveaux risques d’investissement. Les participants à la conférence des Nations Unies à Marrakech, qui élaborent actuellement des plans visant à atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, vont sans doute s’intéresser de près aux détails réglementaires et politiques. Si contrairement à l’Accord de Paris, ces négociations ne font pas la une des médias, elles seront tout aussi importantes – et les investisseurs devraient y être attentifs.

Dans un rapport de 2015, la UK Prudential Regulatory Authority a identifé trois principaux risques liés au climat pour le secteur de l’assurance  - des risques qui peuvent se répercuter à l’ensemble des marchés financiers. Outre le risque physique sur les actifs provoqué par le changement climatique, le rapport cite le risque de responsabilité – qui est lié aux effets potentiels des demandes d’indemnisation faites aux extracteurs et émetteurs de carbone, et le risque de transition, qui couvre l’impact des mesures prises pour aborder le réchauffement climatique sur les entreprises et les marchés.

Le risque de transition est peut-être le plus pressant pour les institutions financières à court et à moyen termes. Celui-ci se répartit en trois grandes catégories : les répercussions politiques et réglementaires, l’innovation technologique, et leur impact sur la demande globale et la dynamique d’offre. Les effets seront différents selon les classes d’actifs, voire au sein même de ces dernières ; et il est utile de noter que ces facteurs  sont capables de générer des risques négatifs, mais également des opportunités pour les investisseurs. La difficulté la plus urgente serait clairement une revalorisation sensible et rapide des actifs financiers.

L’Accord de Paris appelle à la mise en place de mesures politiques et réglementaires de grande envergure, au niveau national et régional. Les niveaux estimés d’émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2025 et 2030 qui résulteraient des contributions prévues au niveau national ne sont pas encore en ligne avec l’objectif, qui est de limiter la hausse moyenne des températures mondiales à moins de deux degrés Celsius. Par conséquent, nous anticipons un nouveau durcissement de la politique climatique, qui pourrait avoir un impact sur les secteurs exposés à l’énergie, au transport, à l’industrie et à l’agriculture.

Comme l’a rappelé le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, dans un discours de 2015 sur le risque de transition, les entreprises qui seront probablement impactées - notamment parmi les secteurs des ressources naturelles et de l’extraction, mais également les services aux collectivités (fournisseurs d’énergie), la chimie et les produits industriels – représentent 30% de l’indice FTSE 100 des principales sociétés cotées au Royaume-Uni.

A l’échelle mondiale, ces entreprises représentent un tiers des encours gérés en actions et en obligations. Les répercussions sur les valorisations des titres et sur les performances des investisseurs sont donc considérables.[2]

Entre temps, la transition vers une économie de faible émission de carbone encourage les développements technologiques qui modifient profondément le monde de l’investissement. Les efforts visant à dé-carboniser l’activité ont joué un rôle de catalyste pour le développement de nouvelles technologies capables de transformer les dynamiques traditionnelles de nombreux secteurs économiques et d’engendrer de véritables ruptures. Certains exemples existent déjà dans des domaines comme l’énergie photovoltaïque, qui dans certaines régions offrent une parité de prix avec les réseaux électriques locaux ; le développement de solutions de stockage de l’énergie qui répondent à la problématique de l’intermittence associée à la génération d’énergies renouvelables ; et la transformation économique et fonctionnelle des véhicules électriques (voir encart ci-dessous).

La troisième catégorie de risque de transition concerne les dynamiques de l’offre et de la demande. En effet, les nouvelles technologies et orientations politiques – ainsi que les évolutions culturelles en cours liées à la prise de conscience croissante de la population des risques dus au changement climatique – devraient doper la demande pour les produits et les services écologiques, et en pénaliser d’autres considérés comme dangereux pour l’environnement. Les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) joueront un rôle de plus en plus prépondérant, et les investisseurs ou entreprises qui les ignorent seront laissés pour compte.

L’importance de la transparence pour comprendre le risque climatique

Alors comment les investisseurs peuvent-ils se positionner pour limiter les risques qui émergent (tout en bénéficiant de nouvelles opportunités d’investissement) à l’heure où le monde évolue vers une économie à faible intensité de carbone ? Clairement, il sera important d’incorporer le risque de transition dans les procédures organisationnelles existantes. Pour les investisseurs, un premier pas dans cette direction serait de se faire une idée claire et exhaustive des expositions de leurs valeurs en portefeuille à ces problématiques. Malheureusement, de nombreuses sociétés ne diffusent pas des informations suffisamment détaillées pour pouvoir réaliser cet exercice.

Heureusement, de nouvelles initiatives visant à encourager de meilleures pratiques de communication sont envisagées. En décembre s’est tenu un groupe de travail sur la communication financière liée au climat (TCFD) sous l’égide de la Financial Stability Board. Dirigée par l’ancien maire de New York, Michael Bloomberg, ce groupe de travail a pour mission d’aider les entreprises à comprendre le type d’informations demandées par les marchés financiers afin que les investisseurs puissent mesurer les risques climatiques et y répondre. Ce groupe (TCFD) formulera des recommandations pour la communication volontaire sur les risques physiques, de responsabilité et de transition pour les investisseurs, les créanciers, les assureurs et autres parties prenantes ; elle devrait annoncer sa première série de recommandations en décembre.

Nous nous réjouissons de cette avancée. Si les risques liés à notre adaptation à un avenir de faible émission de carbone sont mineurs par rapport aux risques d’une inertie face aux enjeux du changement climatique, le risque de transition sera source de nouveaux défis pour les investisseurs dans les mois et les décennies à venir. Il reste encore beaucoup à faire. Mais les initiatives comme le groupe de travail TCFD  permettront aux entreprises et aux investisseurs de tous bords de profiter d’outils essentiels, grâce auxquels ils pourront définir leurs stratégies et gérer l’évolution vers un avenir à faible émission de carbone.

Etude de cas : le risque de transition et de rupture dans l’industrie automobile

Le secteur de l’automobile constitue un cas particulièrement intéressant permettant de mieux comprendre le risque de transition, dans un contexte où les nouvelles réglementations et technologies, mais également les dynamiques d’offre et de demande, en évolution constante, remodèlent déjà l’industrie automobile. Prenons l’exemple de la popularité croissante des voitures électriques : si le marché des véhicules électriques reste limité, à moins de 1% des nouvelles immatriculations, il a déjà un effet « perturbateur ».

La réglementation « top-down » visant à soutenir le marché des véhicules électriques, mise en place par les gouvernements sensibles aux objectifs d’émissions de carbone, joue un rôle clé. La Chine par exemple, cherche à devenir un leader dans la production de véhicules électriques et hybrides. Le gouvernement chinois a mis en place des mesures incitatives afin de renforcer le taux de pénétration de ces voitures sur le marché global, et construit une ambitieuse infrastructure de recharge.

En parallèle l’Initiative Voiture Verte de l’Union Européenne, un partenariat public-privé, soutient la recherche et le développement des énergies propres pour le transport routier, et permet de réaliser des avancées sur les technologies de batteries. Les coûts des batteries ont baissé de 73% depuis 2008, pour atteindre 268$ par kilowatt heure, et devraient encore baisser dans les années à venir. [3]

Grâce à un cadre réglementaire favorable et à des avancées techniques rapides, la demande des consommateurs pour les véhicules électriques progresse rapidement.

Trois jours après la présentation du nouveau Model 3 le 31 mars 2016 par le fabricant Tesla, 276 000 véhicules ont été précommandés – soit plus de 2,5 fois les ventes totales de Tesla depuis 2012. Ce chiffre est particulièrement intéressant, sachant que les précommandes nécessitent le versement d’un acompte de 1000 € et que les véhicules ne seront pas livrés avant fin 2017 au plus tôt. [4]

L’émergence rapide de propositions commerciales viables dans le domaine des véhicules électriques a de multiples effets financiers, et ces derniers ne se cantonnent pas aux fabricants restés fidèles au moteur à combustion interne. Selon un rapport publié par Fitch Ratings, l’essor des véhicules électriques est un « facteur négatif monumental pour le secteur du pétrole [dans son ensemble], car le transport représente plus de 55% de la consommation de pétrole….dans un scénario extrême qui verrait les voitures électriques gagner plus de 50% de parts de marché au cours des 10 prochaines années, environ un quart de la demande de carburant pourrait être amenée à disparaitre ».

Le rapport de Fitch met en garde contre une possible « spirale fatale » dans laquelle les investisseurs cèdent leurs positions dans les sociétés pétrolières, ce qui augmenterait de surcroit leur coûts de financement.[5]

Les effets du risque de transition peuvent également avoir des ondes de choc qui vont bien au-delà des exemples flagrants du secteur de l’énergie. Par exemple, les prix du cobalt, une composante clé pour les batteries au lithium, devraient progresser de 45% d’ici 2020, portés par l’envol de la demande pour les véhicules électriques, selon la société de conseil CRU Group. Ceci représente une opportunité pour les entreprises actives dans l’extraction des matières premières. Et la nouvelle technologie développée pour les véhicules électriques peut également avoir des applications dans les secteurs des énergies renouvelables, permettant aux producteurs d’électricité éolienne et solaire de résoudre leurs problèmes historiques d’intermittence et de rivaliser à armes égales avec les acteurs traditionnels des services aux collectivités.  

[1] EIU, ‘The cost of inaction: recognising the value at risk from climate change,’ 2015

[2] Mark Carney, ‘Breaking the tragedy of the horizon – climate change and financial stability,’ September 2015

[3] Fitch Ratings

[4] Reuters

[5] Fitch Ratings, ‘Disruptive Technology: Batteries,’ October 2016

Information importante

Ce document à caractère promotionnel est destiné exclusivement à des investisseurs professionnels et contreparties éligibles au sens de la Directive « MIF » n°2004/39/CE du 21 avril 2004 relative aux marchés d’instruments financiers.

Son contenu n’est pas destiné à une clientèle de particuliers et il ne doit pas être utilisé comme support de présentation à leur destination.

Il ne saurait être assimilé à une activité de démarchage, à une quelconque offre de valeur mobilière ou instrument financier que ce soit ou de recommandation d’en acheter ou d’en vendre.

Il contient des éléments d’information et des données chiffrées qu’Aviva Investors France considère comme fondés ou exacts au jour de leur établissement. Pour ceux de ces éléments qui proviennent de sources d’information externes, leur exactitude ne saurait être garantie.

Ce document ne donne aucune assurance de l’adéquation des OPC gérés par Aviva Investors France à la situation financière, au profil de risque, à l’expérience ou aux objectifs de l’investisseur. Avant d’investir dans un OPC, l’investisseur doit procéder à sa propre analyse en s’appuyant sur les conseils de son choix. Aviva Investors France décline toute responsabilité quant à d’éventuels dommages ou pertes résultant de l’utilisation en tout ou partie des éléments figurant dans ce document.

Les analyses présentées reposent sur des hypothèses et des anticipations d’Aviva Investors France, faites au moment de la rédaction du document qui peuvent être totalement ou partiellement non réalisées sur les marchés. Elles ne constituent pas un engagement de rentabilité et sont susceptibles d’être modifiées.

La valeur d'un investissement sur les marchés peut fluctuer à la hausse comme à la baisse, et peut varier en raison des variations des taux de change. En fonction de la situation économique et des risques de marché, aucune garantie n’est donnée sur le fait que les produits ou services présentés puissent atteindre leurs objectifs d’investissement.

Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Ce document ne peut être reproduit sous quelque forme que ce soit ou transmis à une autre personne que celle à qui il est adressé.

Ce document est établi par Aviva Investors France, société de gestion de portefeuille de droit français agréée par l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) sous le n° GP 97-114, Société Anonyme à Directoire et Conseil de Surveillance au capital de 17 793 700  euros, dont le siège social est situé au 14 rue Roquépine, 75008 Paris, immatriculée au Registre du Commerce et des Sociétés de Paris sous le numéro 335 133 229.