Jerome Powell devra faire face à des défis différents de ceux de son prédécesseur Janet Yellen en tant que président de la Réserve Fédérale. Charlie Diebel, Responsable de la gestion de taux chez Aviva Investors nous livre son analyse.

Jerome Powell a pris la place de Janet Yellen à la tête de la Réserve Fédérale le 3 février 2018, après avoir été approuvé au Sénat américain par une large majorité. Il est considéré comme un choix sûr du président Trump et un bâtisseur de consensus, qui devrait maintenir une main ferme sur le gouvernail de la banque centrale américaine.

Toutefois, les conditions macroéconomiques dans lesquelles Powell et le conseil de la Fed se trouvent pourraient changer à court terme. La situation pourrait être très différente de l'environnement largement favorable dont Yellen a bénéficié, ce qui exige une approche différente de la politique monétaire.

L’inflation est peut-être le problème le plus épineux auquel Powell et la Fed seront confrontés. De nombreux économistes ont été surpris par son accélération relativement faible. Avec les tensions sur le marché du travail, les pressions salariales devraient s'accentuer et l'inflation devrait suivre. Des signes indiquent que cela se produit enfin dans le secteur des privé  américain. Walmart a récemment décidé d’augmenter son salaire minimum et d'autres entreprises versent des primes annuelles aux employés.

Bien que Powell prenne la direction de la Fed après une période de calme, la Banque centrale américaine se trouve dans une situation difficile. Son double mandat de promotion de l'emploi et de gestion de l'inflation ne changera pas. À un moment donné, on s’attend à ce que des pressions inflationnistes se manifestent, incitant la Fed à se montrer plus agressive dans sa politique de resserrement monétaire.

Le danger est qu’elle laisse l'économie américaine s’emballer. Or, à en juger par les trois hausses de taux en 2018 prévues par la Fed, elle pense probablement que c'est déjà le cas - dans une certaine mesure. En effet, en lisant ses commentaires récents, quatre hausses sont possibles. La Fed semble vouloir se laisser une marge de manœuvre si nécessaire.

Et ensuite pour la Fed?

Tirant les leçons des cycles précédents, il semble peu probable que la Fed permette une surchauffe de l'économie américaine. La position centriste attendue de Powell n’y changera probablement pas grand-chose.

S'il existe un biais asymétrique pour évaluer le risque, c'est que la Fed en fasse trop plutôt que pas assez. Les « colombes » monétaires, comme le président de la Fed de New York, William Dudley, se sont transformées en « faucons ». Pour l’essentiel, le conseil de la Fed estime que la politique monétaire accommodante a largement produit ses effets. L’économie croît, l’inflation accélère et les taux peuvent revenir sur une trajectoire plus « normale ».

La Fed pourrait-elle changer de tactique sous Powell ?

Il est possible que sous Powell la Fed ne s’en tienne pas au rythme récent des hausses de taux. Au cours des cycles de hausse des taux de 1994,1995, 2004 et 2005, la Fed a relevé ses taux à chaque réunion.

Mais pourquoi la Fed ne pourrait-elle pas relever ses taux d’un demi-point plutôt que d’un quart de point, si l’inflation s’accélère plus rapidement que le marché l’anticipe et si cela s’inscrit dans le cycle des réunions de la Fed ? Les hausses des taux d’intérêt pourraient rester irrégulières, mais être de plus grande ampleur.

Certains membres potentiels du Conseil des gouverneurs indiquent que la Fed continuera de respecter ses mandats et de maintenir le calme. Le président Trump a l'occasion de nommer trois membres au conseil de la Fed, dont le vice-président. Trump tire parti de la vigueur de l'économie et de la performance boursière pour promouvoir son agenda et augmenter ses chances de réélection. Il est peu probable qu’il choisisse de perturber tout cela en nommant un gouverneur de la Fed trop dogmatique dans un sens comme dans l’autre.

Si la Fed devenait trop agressive au goût de Trump, il pourrait faire pression sur les républicains du Congrès américain afin qu'ils redéfinissent le mandat de la Fed. C'est une stratégie risquée. Mieux vaut laisser la Fed faire son travail et ne pas lui faire obstacle.

La banque centrale a une doctrine bien établie, et a à son service des experts et des économistes dont les positions sont solidement enracinées. Un changement radical devrait leur être imposé. Cependant, la dynamique économique est porteuse pour Trump, et il n' y a aucune raison pour qu'il fasse quoi que ce soit pour l’infléchir.

Seul une accélération plus importante que prévu de l'inflation pourrait forcer la Fed à être plus restrictive que Trump ou le marché ne le souhaiteraient. La nervosité des marchés face à un pic d'inflation a largement contribué à l'évolution des rendements obligataires au cours des derniers mois. Il s’agit maintenant de savoir si la Fed sera prête à jouer le jeu si et quand l’inflation s’accélèrera enfin.

 

Cet article a été publié pour la première fois sur Morningstar

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