Alors qu’une longue ère de politique monétaire exceptionnelle tend à sa fin, nos gérants obligataires s’expriment sur ce que les investisseurs devraient surveiller en 2018.

« Les rumeurs sur ma mort sont grandement exagérées », a dit Mark Twain, auteur à succès. Cette citation pourrait bien s’appliquer au long trend haussier des marché obligataires qui s’est poursuivi en dépit des très nombreuses prédictions contraires ces dernières années.

Bien entendu, ces prédictions étaient dans une large mesure alimentées par les assouplissements monétaires massifs sans précédent mis en œuvre par les grandes banques centrales durant l’après-crise financière. Ces derniers ayant contribué à soutenir les cours des obligations. Alors que cette ère tend lentement mais inexorablement vers sa fin, les perspectives des marchés obligataires semblent plus précaires qu’elles ne l’ont été depuis des décennies.

Comme l’économie américaine continue de se renforcer, la Réserve fédérale a augmenté les taux à trois reprises en 2017, et même la Banque d’Angleterre a relevé son taux directeur en novembre, pour la première fois en une décennie. Par ailleurs, même si la Banque centrale européenne (« BCE ») et la Banque du Japon ne sont peut-être pas sur le point d’initier leurs propres cycles haussiers, elles se rapprochent, elles aussi, d’un changement de cap.

En 2018, la réaction des investisseurs au resserrement progressif de la politique monétaire sera déterminante. Selon Charlie Diebel, Directeur de la gestion de taux chez Aviva Investors, l’inflation sera un thème incontournable à l’heure où les banques centrales réduisent leurs achats d’obligations. Il fait remarquer que « la Réserve fédérale poursuivra ses hausses de taux, surtout si la politique fiscale des États-Unis a pour effet de stimuler la croissance. La BCE réduira ses achats d’obligations et devrait y mettre fin d’ici le troisième trimestre, tandis que la Banque du Japon pourrait modifier sa cible de contrôle de la courbe des taux dans le cadre duquel elle achète des obligations pour maintenir les taux à dix ans à zéro. »

« Les marchés devront absorber une offre positive pour la première fois depuis des années, ajoute-t-il. Bien que l’inflation mondiale ait été jugulée, si elle se révélait plus forte que prévu, la demande d’obligations pourrait en souffrir. Le resserrement des politiques accommodantes des banques centrales pourrait être plus désordonné que prévu. »

Geoffroy Lenoir, Responsable de la gestion de taux souverains de la zone euro chez Aviva Investors France, prévoit une augmentation des taux de rendement, surtout ceux des obligations de plus longue durée, car selon lui, les investisseurs « vont composer avec les achats moindres d’obligations de la BCE » et une croissance économique plus forte qui contribuera à intensifier les pressions inflationnistes.

« Bien que les risques politiques soient susceptibles de s’estomper quelque peu en 2018 par rapport aux niveaux élevés de 2017, ils devraient continuer d’influer sensiblement sur les écarts entre les Bunds allemands et les marchés dits périphériques, ajoute-t-il. Les perspectives économiques positives de l’Europe appuieront sans doute l’intégration accrue de la région, malgré les élections ou les coalitions fragiles dans certains États membres qui pourraient ralentir le processus et stimuler temporairement les taux. »

Malgré la toile de fond formée par les négociations sur le Brexit, Edward Hutchings, gérant de portefeuille sur les obligations souveraines britanniques, chez Aviva Investors, estime quant à lui qu’un changement radical des conditions du marché en 2018 est improbable.

Il ajoute que « les taux atteignent des niveaux exagérés mais sont appuyés par les perspectives attrayantes de la croissance économique, ce qui signifie, compte tenu de la faible inflation des salaires, que la Banque d’Angleterre y pensera à deux fois avant d’augmenter davantage les taux. En raison de l’incertitude autour des négociations sur le Brexit et des probabilités que l’inflation recule par rapport à ses niveaux actuels, une hausse considérable des taux est peu probable à court terme. La situation pourrait toutefois changer au fil de 2018, surtout si l’on observe des changements dans le contexte politique intérieur ou des développements positifs au chapitre du Brexit. »

Liam Spillane, Directeur de la gestion de la dette des Marchés Emergents chez Aviva Investors, estime quant à lui que cette classe d’actifs continuera à attirer les investisseurs en 2018.

« L’appétit des investisseurs devrait rester élevé. L’amélioration générale des fondamentaux des marchés émergents observée en 2017 ainsi que le contexte macroéconomique généralement favorable et quelques valorisations attrayantes assureront probablement une bonne protection contre toute hausse marquée de la volatilité en 2018. Toutefois, l’année sera très chargée sur tous nos marchés sur le plan politique et électoral, et la sélectivité sera cruciale»

Les défis pour la gestion crédit

Colin Purdie, Directeur mondial de la gestion crédit ‘’Investment Grade’’ chez Aviva Investors soutient que l’année 2018 sera plus difficile même si les rendements resteront sans doute positifs.

Selon lui, « les investisseurs deviendront plus sélectifs, ce qui pourrait contribuer à accroître la dispersion en 2018, surtout à l’approche du second semestre. À mesure que les courbes des taux des obligations d’État se normaliseront, il ne sera plus question de resserrement à sens unique des écarts, comme en 2017. Certains secteurs du marché du crédit, surtout ceux dans lesquels la BCE a fortement investi, comme les services publics, pourraient subir une certaine pression. Selon lui, les titres du secteur financier européen devraient continuer à bien se comporter. »

Le marché surveillera également très attentivement les réformes fiscales aux États-Unis, qui pourraient provoquer la contraction des émissions d’obligations. « Il faudra suivre de près les incidences des réformes fiscales américaines, puisque les marchés sous-estiment peut-être l’importance des changements, affirme M. Purdie. Nous pourrions voir une chute de l’offre, les sociétés rachetant leurs dettes et concentrant leur financement hors des marchés obligataires, un phénomène potentiellement avantageux du point de vue technique»

Le retour de la volatilité

Mis à part quelques rares épisodes ces dernières années, la volatilité a brillé par son absence sur les marchés obligataires. Josh Lohmeier, Responsable de la gestion obligataire nord-américaine chez Aviva Investors, pense que la situation pourrait changer en 2018.

« Il faudra surveiller de près les flux de fonds étrangers et de détail durant les prochains mois, affirme-t-il. Le marché obligataire américain a été porté en 2017 par de forts vents arrière et, même si les souscriptions devraient demeurer positives en 2018, leur volume pourrait diminuer. C’est une des raisons pour lesquelles nous prévoyons que les rendements seront plus modestes cette année que l’an passé et que la volatilité pourrait être plus soutenue que ces dernières années»

James Vokins, Gérant obligataire multi-stratégies chez Aviva Investors, est aussi d’avis que la volatilité sera plus forte sur les marchés du crédit européens

Il soutient que « le démantèlement des achats d’actifs par la BCE et le maintien d’un niveau soutenu d’émissions de la part des entreprises entraîneront une volatilité. Les Fusions et Acquisitions devraient sans doute s’intensifier à mesure que la conjoncture économique évoluera, et les valorisations commenceront alors à mieux traduire les différences fondamentales entre les sociétés et les secteurs. Cette réalité est bien différente de celle des dernières années, alors que les achats massifs d’obligations ont contribué à resserrer les valorisations des sociétés. »

Cependant, M. Vokins est plus optimiste au sujet des perspectives du marché obligataire britannique. Il fait remarquer que la majorité des titres en circulation sur le marché obligataire en livres sterling sont émis par des sociétés non britanniques. « Des valorisations attrayantes et la diversification mondiale en hausse dans l’univers des Obligations en livres sterling augmenteront l’appétit  des investisseurs étrangers en 2018, ce qui devrait contrebalancer les préoccupations au sujet de la politique britannique. Ceci étant dit, certains secteurs sont nettement plus sensibles à l’incertitude politique, et nous restons très vigilants à l’égard des obligations émises par les sociétés orientées sur le Royaume-Uni dans les secteurs à caractère plus cyclique de la vente au détail et des banques. »

Kevin Mathews, Responsable mondial de la gestion à Haut Rendement chez Aviva Investors, estime que des résurgences périodiques de la volatilité pourraient créer des opportunités d’achat, même si les conditions du marché seront sans doute plus difficiles dans l’ensemble. « Les rendements Obligations à Haut Rendement devraient être positifs en 2018, puisque les défauts demeurent faibles et que les fondamentaux sont toujours solides. Toutefois, les taux devraient monter un peu, compte tenu des rendements exceptionnels dégagés en 2017. Malgré l’augmentation des taux à court terme du fait des resserrements réalisés par les banques centrales, les taux à plus long terme demeureront sans doute stables. »

Seul le temps nous dira ce qui attend les marchés obligataires, mais il ne semble faire aucun doute que la vague d’argent facile à laquelle se sont habitués les investisseurs est en train de disparaitre.

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