Les comparaisons ESG sont-elles légitimes ?

Pour Ian Berry, responsable de la gestion actions infrastructures chez Aviva Investors, les investisseurs doivent s’affranchir des indicateurs les plus courants et s’intéresser à l’impact ESG réel de leurs projets d’infrastructures.

6 minutes de lecture

aerial photos of roads near high-rise buildings

Quel sens revêt le concept de développement durable dans le secteur des infrastructures et pourquoi est-il si important ?

La plupart des investisseurs voient les infrastructures comme un investissement à long terme et peu risqué. Et ce sont précisément les qualités qu’ils recherchent en privilégiant cette classe d’actifs. Mais pour exploiter pleinement ces caractéristiques, il convient d’adopter une approche à long terme vis-à-vis des risques sous-jacents.
Dans son acception la plus large, le développement durable suppose d’adopter une vision à long terme concernant les contextes environnementaux, sociaux et financiers dans lesquels sont appréhendés les actifs concernés. Si certains préférèrent détenir des actifs bénéficiant d’une belle visibilité, investir dans les infrastructures ne consiste pas à devenir propriétaire de quantités d’acier et de béton ! La longévité de ces actifs et la prévisibilité de leurs performances sont essentielles et le moindre facteur réduisant l’impact de ces deux critères doit être considéré comme un risque majeur.
Prenons l’exemple des ports. Bien que nous n’investissions pas dans ce secteur d’activité, tout investissement dans des installations portuaires repose généralement sur les perspectives de croissance du commerce mondial et l'existence de facteurs locaux favorables. Mais les investisseurs s’inquiètent-ils vraiment du fait que les ports, si l’on tient compte des émissions du trafic maritime y passant, figurent parmi les actifs les plus polluants au monde ? Combien de temps est consacré à l'élaboration de plans d'urgence pour lutter contre l'élévation du niveau de la mer ?
De deux choses l’une : soit la valeur des ports finira par devenir nulle, soit il faudra y déverser des tonnes de béton pour les maintenir au-dessus du niveau de la mer. Compte tenu de ces exemples, il convient de remettre en question la durabilité à long terme de ces actifs, ce qui soulève des questions plus larges sur le taux de croissance du commerce mondial, les avantages potentiels liés à la limitation des distances de transport des biens, et ainsi de suite.

Combien de temps est consacré à l'élaboration de plans d'urgence pour lutter contre l'élévation du niveau de la mer ?

Quels systèmes et processus avez-vous mis en place pour veiller à ce que la durabilité soit au centre de vos décisions d'investissement ?

Aviva Investors a constitué une équipe étoffée et compétente dédiée à l’investissement responsable, qui s’attache à mettre en œuvre les critères ESG

Ce thème est au cœur de nos réflexions depuis bien longtemps. Aviva Investors a été l’un des initiateurs des Principes pour l'investissement responsable (PRI) des Nations Unies. Aujourd'hui, la grande majorité des sociétés de gestion en est signataire, ce qui ne permet plus de se démarquer de la concurrence. Mais cette initiative fait partie de notre ADN depuis des décennies.
Aviva Investors a constitué une équipe étoffée et compétente dédiée à l’investissement responsable, qui s’attache à mettre en œuvre les critères ESG et à jouer un rôle actif dans les réformes de marché. Cette équipe s’est d’abord consacrée aux marchés les plus liquides, comme les actions et les obligations.
En tant qu’investisseurs, nous avons toujours voulu faire entendre notre voix sur ces sujets. Si nous estimons qu’une entreprise cotée n’a pas été à la hauteur de nos standards, nous instaurons un dialogue avec ses représentants. Si nos initiatives d’engagement ne portent pas leurs fruits, nous votons en conséquence.
Notre défi désormais est de déployer cette expertise reconnue dans l’univers des actifs réels. Nous décrivons notre approche en la matière par la notion de « responsabilité intégrée ».
Notre priorité est toujours de proposer le résultat le plus proche de celui visé par le client. Par le passé, ce résultat pouvait être le rendement, la performance ou encore l’indexation sur l’inflation. Dans le cadre de nos investissements dédiés aux infrastructures, nous avons toujours privilégié les actifs bénéficiant à l’ensemble de la société. Toutefois, les investisseurs et l’ensemble du marché s’intéressent de plus en plus à la manière dont nous utilisons les critères de responsabilité et de durabilité pour atteindre le résultat visé.

Et quelle est l’approche des investisseurs concernant la due diligence en matière de durabilité ? Que veulent-ils savoir ?

L’évaluation et la communication relative aux performances ESG manquent encore de cohérence

Les investisseurs sont de plus de plus demandeurs d’informations sur les performances ESG. Seul problème, ils ne savent pas toujours quelles questions poser et, par conséquent, ne peuvent savoir si la réponse apportée est adaptée.
Il n’est pas inhabituel que des entreprises opératrices de ports et d’aéroports affichent de meilleures performances ESG que des sociétés présentes dans le secteur des énergies renouvelables. Comment est-ce possible ?
Nous avons par exemple investi massivement dans des entreprises opérant dans les secteurs scolaires, des établissements de santé, les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique ou encore les réseaux de connexion ultra-rapide dans les zones rurales. Tout le monde s’y accorde, ces entreprises ont des impacts sociaux et environnementaux positifs.
Mais pour pouvoir les comparer de manière fidèle et juste, une certaine standardisation est nécessaire.
C’est aussi pourquoi nous sommes l’un des membres fondateurs de l’initiative GRESB Infrastructure et figurons parmi les rares sociétés de gestion à siéger à son conseil consultatif. Les objectifs concrets de cette initiative sont d’établir des comparaisons globales entre pairs sur les implications ESG des investissements dans les infrastructures.

Comment peut-on standardiser les pratiques ?

Aucun bilan financier ne fait état des tonnes de carbone enfouies dans le sol à la suite d'un déversement de béton

Les choses avancent bien mais il reste beaucoup de travail. Même si la mesure des impacts environnementaux (avec par exemple les indicateurs relatifs aux émissions carbone) contribue au mouvement de standardisation, il n’existe pas de méthode de calcul précise pour les actifs d’infrastructures.
Par exemple, la plupart des investisseurs communiquent sur leurs émissions carbone annuelles. Mais aucun bilan financier ne fait état des tonnes de carbone enfouies dans le sol à la suite d'un déversement de béton. Pourtant, cet indicateur clé devrait naturellement s’appliquer aux actifs de grande envergure tels que les aéroports, les ports, les routes à péages, etc., mais également à l’ensemble des actifs d’infrastructure – y compris dans le domaine des énergies renouvelables, qui nécessitent par exemple d’enfouir dans le sol de l’acier et du béton pour stabiliser les éoliennes.
En effet, et c’est particulièrement vrai pour les énergies renouvelables, l’impact en carbone des constructions de nouvelles infrastructures est souvent plus important que les émissions produites par l’actif sur toute sa durée de vie. Il est très rare de pouvoir consulter une analyse détaillée des impacts environnementaux d’un actif sur toute sa durée de vie, et encore plus rare que cette analyse soit antérieure à l’arrivée des nouveaux propriétaires d’un actif.
Nous allons dans la bonne direction, mais le chemin sera encore long. Il est trop facile pour les grandes entreprises à l'origine de grandes infrastructures de transport ou de services publics, qui consacrent des moyens importants pour afficher de bonnes performances ESG, de brosser un tableau excessivement positif de leurs pratiques.
À l'autre bout du spectre, on trouve les actifs dans lesquels nous investissons, comme les panneaux solaires installés sur les logements sociaux qui contribuent à réduire la précarité énergétique ainsi que les parcs éoliens qui aident à résoudre des problématiques locales, de l'ordre de la modernisation des installations, jusqu'à l’organisation de visites éducatives pour les enfants des écoles locales. Les entreprises gérant ces actifs n’ont pas les moyens nécessaires pour persuader la communauté de la qualité de leurs pratiques ESG. Les investisseurs peuvent avoir beaucoup de mal à faire une distinction entre ces deux types de discours.

Pensez-vous qu’il existe une corrélation entre les performances financières et les pratiques d’investissement responsable ?

Un actif dont la construction et l’exploitation ont un impact extérieur minimal enregistrera de meilleures performances du fait de l’importance du développement durable pour les usagers de l’infrastructure en question

Il me semble effectivement que ces deux variables sont désormais corrélées, mais cela n’a pas toujours été le cas. Il y a encore peu de temps, on se demandait si des pratiques durables n’allaient pas coûter de l’argent et réduire les performances à long terme.
On considère aujourd’hui que les actifs durables présentent un potentiel de valorisation souvent plus important et qu’ils sont exposés à des risques plus faibles.
En fait, ce n’est que du bon sens : un actif dont la construction et l’exploitation ont un impact extérieur minimal enregistrera de meilleures performances du fait de l’importance du développement durable pour les usagers de l’infrastructure en question.
Et, bien sûr, en particulier au cours des dernières années, il a été vital pour les entreprises de connaître et de tenir leurs engagements vis à vis de leurs interlocuteurs. Aujourd’hui, compte tenu de la capacité des médias sociaux à mobiliser l’opinion publique, il est essentiel d’avoir des pratiques irréprochables.

Dans quelle mesure le secteur des infrastructures a-t-il réussi à améliorer ses pratiques durables et quels sont ses futurs défis ?

Les marchés privés et leur système concurrentiel, qui incitent à toujours faire mieux, sont les plus à même de contribuer au développement des actifs durables et d’une économie durable

Longtemps absent des stratégies des entreprises, le développement durable figure désormais parmi leurs priorités. C’est clairement une évolution favorable. La grande priorité du secteur des infrastructures est d’améliorer sa communication avec ses parties prenantes, tant la communauté politique que le grand public, qui utilise les infrastructures.
Plusieurs débats sont actuellement en cours dans le monde entier, notamment au Royaume-Uni, sur les mérites relatifs de l’actionnariat public et privé. S'il arrivait au pouvoir au Royaume-Uni, le Parti travailliste a clairement déclaré qu'il soutiendrait l’actionnariat public dans le secteur des infrastructures.
Cette idée n'a pas suscité une opposition suffisante. Divers groupes d'investisseurs, comme la Global Infrastructure Investor Association, ont lancé des initiatives pour engager un dialogue avec les gouvernements et d'autres interlocuteurs, mais les professionnels du secteur n'ont pas su enclencher la dynamique nécessaire pour assurer un débat public équitable sur ces questions.
Nous avons des arguments très intéressants à présenter dans les domaines environnementaux et sociaux. Et en matière de gouvernance, je suis persuadé que l’actionnariat privé délivre de meilleurs résultats.
Cette vision des choses n’est pas toujours appréciée, en particulier dans le contexte politique actuel, mais c’est notre mission de diffuser ce type de messages.

Cet article a d’abord été publié dans le rapport Sustainable investing du magazine Infrastructure Investor.

Information importante

Ce document est destiné à des professionnels et conseillers financiers exclusivement. Ne doit pas être consulté par, ou présenté à, des particuliers.

 

Sauf indication contraire, la source de toutes les informations est Aviva Investors Global Services Limited (« AIGSL »). Au mardi 2 avril 2019. Sauf indication contraire, les points de vue et les opinions exprimés dans le présent document sont ceux d'Aviva Investors. Son contenu ne saurait être interprété comme une garantie de rendement d’un placement géré par Aviva Investors, ni comme un conseil de quelque nature que ce soit. Les informations contenues dans ce document ont été obtenues auprès de sources considérées comme fiables, mais elles n’ont fait l’objet d’aucune vérification indépendante d’Aviva Investors, et Aviva Investors ne peut en garantir l'exactitude. Les performances passées ne présagent en rien des performances futures. La valeur d’un placement et de tout revenu en découlant est susceptible de fluctuer aussi bien à la baisse qu’à la hausse, et il n’est pas garanti que l’investisseur recouvre son montant d’investissement initial. Aucun élément de ce document, y compris les références à des titres, classes d'actifs ou marchés financiers spécifiques, ne doit ou ne peut être considéré comme un conseil ou une recommandation de quelque nature que ce soit. Ce document ne constitue pas une recommandation de vendre ou d'acheter un placement quelconque. 

 

Pour la région Royaume-Uni et Europe, ce document a été élaboré et émis par AIGSL, entreprise de droit anglais immatriculée sous le numéro 1151805. Siège social : St Helen’s, 1 Undershaft, London EC3P 3DQ. (Londres, Angleterre) Cette entreprise est agréée et réglementée par la Financial Conduct Authority (autorité des marchés du Royaume-Uni). En France, Aviva Investors France est une société de gestion de portefeuille agréée par l’Autorité des Marchés Financiers, sous le n° GP 97-114, une société anonyme à Conseil d’Administration et de Surveillance, au capital de 18 608 050 euros, dont le siège social est situé 14 rue Roquépine, 75008 Paris et immatriculée au Registre du Commerce et des Sociétés de Paris sous le n° 335 133 229. En Suisse, le présent document est publié par Aviva Investors Schweiz GmbH, agréé par l’autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, la FINMA, en tant que distributeur de fonds de placement collectif.

 

Le nom « Aviva Investors » utilisé dans ce document désigne l'organisation mondiale des sociétés de gestion d'actifs affiliées exerçant leur activité sous le nom Aviva Investors. Chaque société affiliée à Aviva Investors est une filiale d'Aviva plc, société multinationale cotée de services financiers ayant son siège au Royaume-Uni.

Related views