Nous avons réuni des membres des équipes Stratégie d'investissement, Actions et Obligations d’Aviva Investors pour évoquer les perspectives des marchés financiers et de l'économie mondiale face à l’épidémie de Coronavirus.

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Le 31 décembre 2019, la Chine a prévenu l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de plusieurs cas mystérieux de pneumonie à Wuhan, une ville tentaculaire de 11 millions d'habitants et capitale de la province de Hubei. À la fin du mois de janvier, le virus s'était propagé aux 31 provinces chinoises ainsi qu'à 25 autres pays. Le 25 février, 80 000 cas étaient confirmés à l’échelle mondiale, la grande majorité en Chine, soit près de neuf fois plus que le nombre de personnes infectées par le SRAS.

À ce stade, compte tenu du peu de données concrètes, les marchés peinent à évaluer les perspectives à court terme, et encore moins les conséquences à long terme de cette épidémie. Toutefois, comme de nombreuses entreprises ont été fermées pendant une longue période et que la fréquentation des magasins a diminué, il est fort probable que la croissance économique chinoise ait été nulle, voire négative, au premier trimestre, par rapport aux trois mois précédents. Ces perspectives reposent sur l’hypothèse d’un contrôle rapide du virus. Dans le cas contraire, l’impact économique pourrait être bien plus marqué.

Notre équipe éditoriale a réuni le responsable de la stratégie d’investissement et économiste en chef Michael Grady (MG), Alistair Way (AW) et Liam Spillane (LS), respectivement responsables des actions et des obligations des marchés émergents, pour discuter des dangers menaçant la Chine et l’économie mondiale et comprendre si les risques sont entièrement intégrés dans les cours.

AIQ : Quelle pourrait être l’ampleur de l’impact de cette épidémie sur les économies chinoise et mondiale ? Et qu’en est-il des marchés financiers ?
MG : Pour l’heure, personne n’a vraiment la réponse à cette question car les données concrètes à analyser se font rares. Les indices PMI chinois de février, qui seront publiés la dernière semaine du mois, apporteront probablement les premiers éléments de réponse. Tout le monde cherche à savoir quelle sera l’ampleur de leur baisse, mais il faut probablement s’attendre à un repli très prononcé.

La plupart des observateurs estiment qu’il s’agit d’un événement à court terme et que c’est à la fin du trimestre que l'impact sera le plus fort. Sur l’ensemble de l’année, les répercussions sont pour l’instant jugées relativement modestes. En effet, la majorité des analystes n’a réduit ses prévisions de croissance chinoise que de 0,2 à 0,3% sur la période.

Mais il est possible que la situation soit bien pire que nous le pensons ou que la propagation du virus puisse encore s'aggraver avant que les choses finissent par s'améliorer. Quoi qu’il soit, ces deux scénarios seraient très mal accueillis par les marchés.

AW : Une part très importante de l’appareil productif chinois ayant été fermée pour le Nouvel An, il est difficile d’évaluer les dégâts. Mais grâce aux nombreuses informations communiquées par certains de nos contacts dans les entreprises ou les sociétés de courtage, nous pensons que l’impact sur l’activité économique sera bel et bien brutal. Puisque les deux-tiers des grands magasins ont été fermés et que le nombre de voyages a fortement diminué, l’impact de l’épidémie pourrait être bien plus important que prévu.

Cette perte d’activité économique devrait pouvoir être récupérée, mais une bonne partie de la consommation, des services ou de l’activité liée aux voyages est définitivement perdue. On observe actuellement un impact marqué sur la demande dans le secteur chinois de la distribution, mais également des conséquences massives sur l’offre. Les capacités de production inutilisées ne sont pas gigantesques. Une chose ressort, par rapport à l’épidémie de SARS, c'est que les chaînes d'approvisionnement sont aujourd’hui bien plus sophistiquées, intégrées et sensibles.

Cela étant dit, les marchés chinois et ceux d’autres pays émergents ont intégré dans les cours boursiers de très nombreuses nouvelles. Certaines entreprises chinoises les plus exposées aux secteurs du voyage, de la distribution ou des jeux, sont en repli de plus de 15 %. Cette baisse semble excessive car même si l’activité économique frôle la paralysie, je suis convaincu que de nombreuses entreprises conservent un potentiel de valorisation inchangé à long terme.

LS : Les marchés obligataires des pays émergents ont à peine réagi, même si la volatilité y a été un peu plus forte que d’habitude. Cette attitude n’est peut-être pas aussi surprenante qu’il n’y paraît compte tenu des nombreuses incertitudes entourant l’impact potentiel. Sur un ou deux marchés, l’effervescence qui régnait a fini par disparaître. Et au-delà des risques, les investisseurs voient déjà dans ces évolutions des opportunités d'achat apparaître, en particulier dans les pays où les répercussions économiques devraient être modestes.

MG : Certaines devises de pays émergents ont fait preuve d'une belle capacité de résistance.

LS : C’est vrai, mais on constate néanmoins des divergences relativement importantes entre devises. Par exemple, le peso mexicain s’est inscrit en forte hausse profitant de son image de devise à bêta élevé, c’est-à-dire plus risquée. A l’inverse, le baht thaïlandais et d’autres devises au profil similaire ont davantage souffert, témoignant du fait que la Thaïlande est une destination très prisée des touristes chinois.

AIQ : Dans quelle mesure les politiques monétaires accommodantes ont-elles atténué l’impact sur les marchés internationaux ?

MG : Le marché s’attendait certainement à ce que les autorités chinoises prennent toutes les mesures possibles, non seulement en essayant de contenir la propagation du virus mais aussi en maintenant leur soutien à l’économie. Si elles n’avaient pas procédé à des injections de liquidités [début février, la banque populaire de Chine a injecté quasiment 250 milliards de dollars dans le système financier], je doute que les marchés seraient à leurs niveaux actuels.

LS : Tous les pays asiatiques ont rapidement ajusté leur politique. Les Philippines, la Thaïlande, Singapour et l’Inde ont annoncé des ajustements ou se sont engagés à les mettre en œuvre. Ces décisions interviennent après les injections de liquidités de la Chine, l’intensification des mesures de relance budgétaire via notamment des projets d’infrastructures et des baisses de taux lors des deux dernières semaines. Compte tenu des craintes suscitées par le virus, la trajectoire globale des politiques dans la région est donc évidente.

AIQ : Les marchés développés ont à peine réagi à ces évolutions. Les investisseurs ont-ils raison de ne pas craindre les répercussions à court terme ou font-ils preuve de complaisance ?

AW : Le cours de bourse d’Apple a vu sa valeur doubler l’année dernière, ce qui est incroyable pour une méga-capitalisation. Jusqu’à son avertissement sur résultats, il y avait comme une déconnexion entre le prix de son action et celles de ses fournisseurs. Prenons l’exemple du groupe taïwanais Hon Hai (autrement connu sous le nom Foxconn), qui est le principal fabricant d’iPhones et de téléphones en général à l’échelle mondiale. Ses usines sont situées dans la province de Zhengzhou, au nord de Wuhan. A la réouverture des marchés à la suite du Nouvel an chinois, son action a perdu 10 % en une séance. Et le titre n’a pas encore réussi à récupérer le terrain perdu.

Malgré des usines dans le Wisconsin et en Inde, il est difficile pour Apple de modifier rapidement le mode de production de l’iPhone. Les réactions ont également été brutales sur certains segments des chaînes d'approvisionnement des téléphones portables et des casques de musique en Chine. Je suis globalement convaincu que nombre de ces entreprises pourront rapidement se remettre sur les rails.

Les chaînes d'approvisionnement sont tellement intégrées et efficaces qu’elles sont moins flexibles lorsque se produit une perturbation dans une région du monde. Il est donc fort probable que l’impact économique à court terme soit plus prononcé que ce qui était prévu.

MG : Si l’on s’intéresse au marché européen, parmi les secteurs les plus durement touchés figurent les matières premières, ce qui est assez normal compte tenu du poids de la Chine dans la demande mondiale. Les valeurs des ressources naturelles et du pétrole et du gaz ont donc été fortement pénalisées. Autres secteurs mis à mal, le voyage, les loisirs et l’automobile. Les secteurs peu exposés à la Chine, comme les services aux collectivités, l’immobilier, la santé, les télécommunications et l’assurance, ont donc logiquement surperformé.

AIQ : Certains observateurs, peut-être quelque peu excessifs, ont décrit l’épidémie comme un potentiel « cygne noir » pour les marchés. Ont-ils eu raison ?

LS : Pour ma part, je n’utiliserais pas ce terme. Je dirais plutôt que les investisseurs ont tout à fait conscience que les niveaux de valorisation de certains actifs risqués, comme les actions mondiales, sont élevés à l’aune de certains indicateurs, et que cela n’est pas vraiment nouveau. Je ne suis pas d’accord avec l’expression « cygne noir », mais il faut prendre acte des capitaux importants qui ont été investis ces dernières années sur des segments un peu plus risqués des marchés, comme les obligations à haut rendement ou la dette émergente en devise forte. Au vu des incertitudes actuelles, certains indicateurs de valorisation ne semblent pas offrir une rémunération suffisante pour les risques existants. Cette épidémie intervient donc alors que certains de ces marchés sont désormais plus vulnérables.

AW : La réaction du marché aurait probablement été un peu moins forte si l’épidémie était apparue début 2016, dans la mesure où différentes hypothèses relatives à la croissance des bénéfices sont désormais intégrées dans les cours des actions émergentes et des actions mondiales. Sur les marchés actions, on a sans doute plutôt assisté à des prises de bénéfices sur certains segments de marché, au-delà des entreprises les plus sensibles au virus qui ont subi de plein fouet le mouvement initial de correction.

LS : La dette des marchés émergents est largement recherchée par les investisseurs depuis deux ans, en particulier les titres libellés en devises fortes. Certes, les valorisations ne laissent qu’une faible marge de manœuvre pour ce genre d’événement, mais une fois encore il est trop tôt pour en être sûr en raison des incertitudes pesant sur la croissance.

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