Les conséquences sanitaires du dérèglement climatique appellent des solutions d’adaptation

Emma Haziza, hydrologue, Dr. de l’École des Mines de Paris, Présidente-fondatrice de Mayane, nous explique quelles sont les conséquences de la répétition des phénomènes météorologiques extrêmes sur notre santé mais aussi les mesures à prendre pour accroître notre résilience d’aujourd’hui et de demain.

forest being destroyed

Nous ne pouvons que constater ces trois dernières années une accélération du dérèglement climatique avec des phénomènes météorologiques de canicule, de sécheresse ou d’inondation toujours plus fréquents et intenses, notamment dans les zones jusque-là souvent épargnées.

La santé dépend notamment du climat et des conditions météorologiques mais l’Homme a toujours fait preuve d’adaptation. En quoi le dérèglement climatique change-t-il la donne ?

L’être humain est probablement l’espèce vivante qui a fait preuve de la plus grande capacité d’adaptation à tous les climats, même les plus extrêmes... tant que les conditions climatiques sont stables ou que les phénomènes météorologiques extrêmes restent exceptionnels. Or, avec le dérèglement climatique, des phénomènes comme les canicules, les sécheresses et les inondations ne sont plus de l’ordre de la variabilité statistique naturelle. Leur fréquence s’accélère pour s’inscrire désormais dans une tendance qui défie nos modes de vie et notre résilience. Depuis 1947, la France a connu 41 vagues de chaleur dont 32 entre 1989 et 2019. 

Ce phénomène météorologique est de plus en plus marqué puisqu’entre 2017 et 2020 nous avons connu les trois années les plus chaudes jamais enregistrées dans l’Hexagone. Chaque année, les températures potentielles sont toujours plus extrêmes ; le scénario d’une température de 50° ne semble plus réservé aux continents africains, asiatiques et américains. En juin 2019, un pic de 46° a été atteint dans le Gard.

Quelle en est la conséquence ?

L’anormalité devient normale ! Qui plus est, les évolutions climatiques se produisent désormais à une vitesse qui dépasse la capacité de changement de l’Homme. Le dérèglement climatique nous met ainsi face à notre propre vulnérabilité, et donc à notre capacité d’adaptation, à des phénomènes météorologiques extrêmes réguliers et pérennes, avec conséquences sanitaires très marquées.

Les populations ont-elles conscience de cet enjeu ?

Entre 2000 et 2016, 125 millions de personnes supplémentaires à travers le monde ont été soumises à des fortes vagues de chaleur. Sur cette période, 46% des catastrophes météorologiques extrêmes étaient des inondations, des tempêtes ou des cyclones. Les populations, notamment d’Europe du Nord, ressentent de plus en plus dans leur quotidien les effets de ces vagues de chaleur de plus en plus longues et intenses. Elles sont également marquées par les images d’inondations sans précédent dévastatrices et meurtrières. 

Néanmoins, il leur est encore difficile de comprendre et de matérialiser les conséquences réelles d’une hausse sensible des températures et leurs effets domino, qui sont souvent « silencieux » ou invisibles comme les effets de la sécheresse sur la résistibilité du béton et donc sur celle des murs de nos maisons.

Pourquoi est-ce si difficile d’appréhender les conséquences d’une hausse des températures moyennes annuelles ?

En 2015, les Accords de Paris ont fixé comme objectif de limiter à 1,5°C la hausse moyenne annuelle des températures planétaires d’ici 2100 ; certains scénarios évoquent désormais, à cet horizon, une hausse de 4°, 5° voire 7°C de ces températures. Mais comme nous sommes habitués à une variabilité naturelle des températures, parfois importantes, en fonction des saisons et des types de climat, il nous est difficile de comprendre ce que quelques degrés supplémentaires en moyenne annuelle impliquent en termes de répétition de phénomènes météorologiques extrêmes. 

Pour mieux comprendre, il faut se référer à l’histoire. Il y a 20.000 ans, la température planétaire était 4° à 5°C inférieure à celle que nous connaissons aujourd’hui avec 3 km de glace sur une bonne partie de l’Europe et des océans 120 mètres plus bas que les niveaux actuels. Concrètement, une hausse de 4° à 5°C des températures moyennes annuelles d’ici à 2100, c’est-à-dire dans un laps de temps extrêmement court, provoquera une multitude de phénomènes extrêmes : montée des eaux, submersion de littoraux de nombreuses villes et grandes métropoles, températures caniculaires de plus en plus élevées rendant la vie urbaine impossible dans sa configuration actuelle... La fonte des calottes glaciaires en Antarctique accélère aussi le risque d’émissions de méthane, puissant gaz à effet de serre, mais aussi l’apparition potentielle de virus et bactéries vieux de 10.000 ans. 

À l’heure de la pandémie de la Covid-19, nous percevons malheureusement mieux à quel point nous sommes vulnérables à ces effets microscopiques.

Quels sont les effets sur la santé d’une hausse tendancielle des températures ?

Ils sont à la fois directs et indirects. Mais notre vulnérabilité dépend sensiblement de l’endroit où nous vivons, de notre type d’habitat mais aussi de notre contexte socio-économique notamment pour pouvoir nous adapter. 

En France et dans les pays du Nord de l’Europe, les phénomènes météorologiques aux effets directs les plus dangereux sont les canicules en raison de villes peu végétalisées et d’habitats urbains inadaptés. Cela provoque des îlots de chaleur urbains difficilement supportables. Pour mémoire, lors de la canicule de 2003, nous avons observé une différence de température allant jusqu’à 7° entre Paris intra-muros et la banlieue. Plus récemment, le report des épreuves du Brevet des Collèges en juin 2019, en raison des températures insupportables dans les bâtiments scolaires, a marqué les esprits. 

Les canicules génèrent des risques cardio-vasculaires, de diabète mais aussi de carence de sommeil dont les effets à long terme sont très pernicieux. L’incapacité, en période de canicule, à réguler notre température corporelle la nuit et le manque de sommeil qui en découle aggravent les risques psychosomatiques et psychiques. Globalement, l’OMS anticipe une surmortalité liée au changement climatique de 250.000 personnes par an entre 2030 et 2050.

Quels sont les effets indirects sur la santé ?

Il y a trois principaux effets indirects du réchauffement climatique sur la santé. 

Premièrement, cela provoque de nombreuses maladies bactériennes et virales liées à la pollution de l’eau mais aussi à la raréfaction de l’eau potable, avec des capacités d’assainissements inégalement réparties dans le monde et des techniques, notamment de dessalement, très coûteuses. Alors que les besoins mondiaux en eau vont augmenter, selon l’ONU, de 50% d’ici 2030, on estime déjà qu’un milliard d’êtres humains n’a pas accès à l’eau potable, que 2 milliards n’ont pas accès à l’assainissement et que 5 milliards sont exposés à la pollution de l’eau. 

Deuxième effet indirect : les maladies liées à la qualité de l’air. La hausse des températures accroit la teneur de l’air en ozone et autres polluants, exacerbant ainsi les maladies cardiovasculaires et respiratoires. Cela provoque également un allongement et une intensification de la saison pollinique, avec comme conséquence des crises d’asthme plus fréquentes, une maladie dont souffrent, selon l’OMS, environ 300 millions de personnes. À l’heure de la pandémie de Covid-19, nous constatons également le risque de co-morbidité que représente la pollution de l’air. Selon une étude internationale parue fin octobre 2020 dans la revue Cardiovascular Research, environ 15 % des décès dans le monde dus à la Covid-19 pourraient être attribués à une exposition à long terme à la pollution de l’air. En France, ce serait 18% et en Europe 19% en moyenne.

Le réchauffement climatique favorise-t-il également l’émergence de maladies infectieuses et parasitaires ?

Effectivement, il s’agit du troisième effet indirect sur la santé. 

La hausse des températures entraine une modification de la chaine trophique, c’est-à-dire de la chaine alimentaire au cœur d’un éco-système. Or, une telle modification favorise l’arrivée de nouvelles espèces sous nos latitudes, dont les moustiques tigre vecteurs d’arboviroses comme la dingue, le Chikungunya ou le zyka. Mais il existe deux autres effets indirects sur la santé, le plus souvent passés sous silence. 

Tout d’abord, la malnutrition, conséquence directe sur l’agriculture, de loin le premier consommateur d’eau, des sécheresses et de la raréfaction de l’eau dans certaines zones du globe. Or, les assoiffés génèrent aussi des affamés. Enfin, on citera les maladies post-traumatiques, un effet indirect plus sournois mais avec des conséquences parfois lourdes sur le long terme.

Comment pouvons-nous prévenir et traiter ces maladies post-traumatiques ?

Tout d’abord en prenant conscience de cet enjeu de santé publique. Les rescapés de catastrophes climatiques, mais aussi les populations dont les habitats sont lourdement endommagés, voire hors d’usage, par les sécheresses, connaissent un choc post-traumatique durable et pourtant négligé. Ce sont des sinistrés au long court qu’il est nécessaire d’accompagner dans la durée. Or, plusieurs études évaluent que 2 personnes sur 3 seront directement frappées en Europe par un épisode climatique sévère d’ici 2100. Il faut également se demander si notre système de santé est capable de gérer et d’accompagner ces conséquences psychologiques. 

Nous voyons bien, dans le contexte pandémique actuel, les conséquences psychologiques, parfois très graves, des mesures de confinement et de restrictions sanitaires imposées aux populations. Il se développe également dans nos sociétés une « eco-anxiété », notamment chez les populations les plus jeunes, face aux conséquences perçues comme inéluctables du changement climatique.

Avons-nous la capacité d’agir pour prévenir toutes ces conséquences sanitaires ?

Bien sûr ! Il ne faut surtout pas sombrer dans le pessimisme. Pour mettre en place des solutions efficaces, il est nécessaire d’adopter, dès maintenant, une vision globale de toutes les interactions, à la fois physiques, chimiques et psychologiques, de cette nouvelle normalité climatique sur l’être humain. Les mentalités évoluent déjà, comme en témoigne la démocratisation de l’alimentation bio et la couverture médiatique sans précédent des sujets de santé et changement climatique. Mais nous devons améliorer notre résilience individuelle et collective par la prévention, l’accompagnement mais aussi par le déploiement de solutions d’adaptation.

Quelles sont ces solutions d’adaptation ?

Nos modes de vie n’étant plus adaptés aux effets du dérèglement climatique, nous devons impérieusement adapter nos bâtis et habitats mais aussi repenser la gestion de la qualité des sols et celle du cycle de l’eau. Ces solutions existent et elles sont nombreuses. Elles se développent grâce à l’innovation et la technologie mais aussi par la recherche d’une nouvelle cohérence entre l’activité humaine et la préservation de la biodiversité locale. Les solutions d’adaptation sont toujours très sensiblement moins onéreuses que les coûts générés par les catastrophes naturelles. 

Déployées localement, en concertation avec toutes les parties prenantes et en cohérence avec la spécificité des territoires et de la biodiversité locale, elles s’avèrent très efficaces pour construire notre résilience d’aujourd’hui et de demain. Les solutions d’adaptation locales permettent souvent, in fine, de mieux sensibiliser les populations à une politique nationale de transition énergétique vers une économie bas carbone.

Nos vues

Information importante

Ce document est établi par Aviva Investors France, société de gestion de portefeuille de droit français agréée par l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) sous le n° GP 97-114, Société Anonyme à Directoire et Conseil de Surveillance au capital de 18 608 050 euros, dont le siège social est sis 14 rue Roquépine, 75008 Paris, immatriculée au Registre du Commerce et des Sociétés de Paris sous le numéro 335 133 229.

Il contient des éléments d'information et des données chiffrées qu'Aviva Investors France considère comme fondés ou exacts au jour de leur établissement. Pour ceux de ces éléments qui proviennent de sources d'information publiques, leur exactitude ne saurait être garantie.

Les analyses présentées reposent sur des hypothèses et des anticipations d’Aviva Investors France, faites au moment de la rédaction du document qui peuvent être totalement ou partiellement non réalisées sur les marchés. Elles ne constituent pas un engagement de rentabilité et sont susceptibles d’être modifiées.

Ce document ne donne aucune assurance de l'adéquation des produits ou services présentés et gérés par Aviva Investors France à la situation financière, au profil de risque, à l’expérience ou aux objectifs de l'investisseur et ne constitue pas une recommandation, un conseil ou une offre d'acheter les produits financiers mentionnés. Aviva Investors France décline toute responsabilité quant à d'éventuels dommages ou pertes résultant de l'utilisation en tout ou partie des éléments y figurant. Avant d’investir dans un OPC, il est fortement conseillé à tout investisseur, de procéder, sans se fonder exclusivement sur les informations fournies dans ce document, à l’analyse de sa situation personnelle ainsi qu’à l’analyse des avantages et des risques afin de déterminer le montant qu’il est raisonnable d’investir.