Recherche de revenus : le retour de Boucles d’or et des trois ours

L’environnement « Boucles d’or » est de retour, mais les ours sont tapis dans l’ombre. François de Bruin répertorie les risques et les opportunités à prendre en compte.

Income investing: The return of Goldilocks and the three bears

Les investisseurs en quête de revenus aiment lorsque l’économie est « bien équilibrée ». Si elle est trop dynamique, l’inflation augmente, entraîne une hausse des rendements réels et, au final, fait baisser la valeur du capital. Si elle est trop timide, les défauts augmentent et les dividendes sont mis sous pression, comme ce fut le cas en mars 2020 lorsque l’activité économique s’est fortement contractée dans le monde entier.1,2 Le scénario idéal pour les investisseurs en quête de revenus est une économie suffisamment vigoureuse pour progresser, sans pour autant s’emballer.

Avec la victoire de Joe Biden à la présidentielle américaine mais en l’absence de « vague bleue » à la Chambre des représentants et au Sénat, les conditions sont réunies pour l’émergence d’un environnement à la « Boucles d'or », similaire à celui dont avaient bénéficié les investisseurs entre 2011 et 2014.3

Les conditions sont réunies pour un retour d’un environnement à la « Boucles d’or », similaire à celui dont avaient bénéficié les investisseurs entre 2011 et 2014.

Avec une marge de manœuvre moins importante que prévu, l’administration Biden devra probablement renoncer au scénario idéal dessiné pendant la campagne, caractérisé par des dépenses budgétaires très élevées. Il faut plutôt s’attendre à des blocages et obstructions parlementaires comme ce fut le cas lors du deuxième mandat du président Obama.4

Pour les investisseurs en quête de revenus, cet environnement pourrait se révéler juste « idéal ». Mais les trois ours sont toujours là et pourraient prendre les investisseurs au dépourvu s’ils ne sont pas suffisamment vigilants.

Papa ours : Inflation

Les investisseurs craignent depuis longtemps le risque d’un maintien perpétuel des politiques d’assouplissement quantitatif et leur capacité à propulser l’inflation à des niveaux excessivement élevés. Plus de 10 ans après la crise financière mondiale, et après environ 6 000 milliards de dollars d’achats d’actifs par les banques centrales, ce risque ne s’est toujours pas matérialisé, alors même que les niveaux d’emploi sont supérieurs aux objectifs visés. Si les politiques monétaires n’y sont pas parvenues, les politiques budgétaires expansionnistes pourraient faire sortir l’inflation de sa période d’hibernation.

Graphique 1 : Évolution de l’inflation, 1980-2025
Inflation trends, 1980-2025
Pays émergents et en développement (bleu) / Economies avancées (gris) / Monde (vert) - Source : FMI, au 25 novembre 2020

Le plan de dépenses publiques de 2 000 à 3 000 milliards de dollars mis en avant par les démocrates lors de la campagne électorale ne semble plus d’actualité dans la mesure où la majorité devrait rester aux mains des républicains. Il faut donc plutôt s’attendre à un accord reposant sur un plan situé entre 500 et 1 000 milliards de dollars.5

Les investisseurs à la recherche de revenus ont tout intérêt désormais à s’exposer aux actions et aux actifs réels versant des dividendes.

Un plan de dépenses de 500 milliards de dollars, équivalent à 2,5 % du PIB américain, reste un montant important, mais son impact sur l’inflation sera bien moindre que les 3 000 milliards de dollars initialement proposés. Quoi qu’il en soit, les investisseurs en quête de revenus pourraient envisager de s’exposer aux actions versant des dividendes et aux actifs réels, deux segments de marché qui devraient bénéficier d’une remontée globale des prix des biens et des services.

Maman ours : La réglementation

En démocratie, les gouvernements sont élus par le peuple, pour le peuple. Toutefois, gouverner pour le peuple peut entraîner des décisions sources de restrictions importantes, comme nous l’avons observé cette année. Les mesures de confinement en sont un exemple explicite, à l’image d’une maman ours obligeant ses oursons à rentrer dans leur tanière lorsque le danger s’approche.

Les annonces positives de plusieurs laboratoires concernant le développement d’un vaccin laissent augurer une diminution des interventions controversées mais nécessaires des pouvoirs publics, et les mesures de confinement pourraient disparaître d’ici quelque mois.6 Cependant, certaines directives pourraient perdurer malgré la sortie progressive de la crise sanitaire.

Le gel des versements de dividendes, imposé par les gouvernements ou les banques centrales, ne devrait pas disparaître de sitôt.

Pour les investisseurs en quête de revenus, le gel des versements de dividendes imposés par les gouvernements ou les banques centrales (destinées aux banques américaines et aux institutions financières européennes) devrait être maintenu pendant encore quelque temps. La Banque centrale européenne a prolongé la suspension des dividendes des banques européennes jusqu'en 2021 et ne modifiera sa position que lorsqu'elle jugera leurs réserves de capital suffisantes. Certains gouvernements pourraient également vouloir imposer des règles concernant les taux de distribution, même si les ratios de fonds propres sont bien supérieurs aux exigences réglementaires.7

Pour se prémunir contre ce risque, les investisseurs à la recherche de revenus doivent construire un portefeuille bien diversifié bénéficiant de diverses sources de revenus. Certains segments des marchés obligataires et d’actions des pays émergents offrent, selon nous, des opportunités, grâce à des politiques favorables aux dividendes.8

Bébé ours : Caprices

Le président de la Réserve fédérale (Fed), Jerome Powell, a reconnu que le resserrement précoce de la politique monétaire de la Fed au printemps 2013 a laissé des séquelles sur les personnes impliquées dans cette décision, alors qu'il avait rejoint depuis peu le conseil de politique monétaire dirigé à l’époque par Ben Bernanke. Cette fois, c’est différent.9

En effet, à l’issue de sa revue stratégique 2020 de sa politique monétaire, la Fed s’est engagée pour la première fois à ce que l’inflation dépasse temporairement le seuil de 2 %. Il est donc très peu probable que les taux d’intérêt officiels soient relevés de sitôt. En fait, la Fed reste plus que jamais engagée à soutenir l'économie. Même une réduction des achats d'actifs devrait rester une mesure de dernier recours.10

En 2018, lorsque la Fed a tenté pour la dernière fois de réduire son bilan, les intervenants de marché ont signalé leur mécontentement face à cette décision. Début 2019, la banque centrale a dû changer de cap. Cependant, les marchés tablent désormais sur un scénario séduisant caractérisé par une politique de soutien budgétaire ininterrompue. Un nouveau pic de volatilité * déclenché par l’attitude capricieuse des intervenants de marché pourrait donc se matérialiser, ces derniers s’accommodant progressivement à l'idée d'un plan de relance moins ambitieux du gouvernement.

Il existe toutefois une vraie différence : contrairement à la politique monétaire qui est décidée au rythme des réunions trimestrielles de la Fed, les avancées en matière de politique budgétaire sont susceptibles d’être beaucoup plus lentes, voire inexistantes. Bien que la politique de soutien budgétaire de Washington soit soutenue par les deux partis, son mode de mise en œuvre semble se polariser, d'autant plus que les membres du Congrès sont susceptibles d'accorder plus d'attention à leur popularité qu'à la réaction du marché. Ils n’auront peut-être pas le même sentiment d’urgence que la Fed lorsqu'il s'agira de réconforter les marchés.

Les investisseurs en quête de revenu doivent se concentrer sur les fondamentaux des entreprises dont ils achètent les actions et les obligations.

Par conséquent, ces investisseurs doivent se concentrer sur les fondamentaux des entreprises dont ils achètent les actions et les obligations, car le rythme ou l’ampleur du soutien budgétaire pourrait ne pas être à la hauteur des anticipations du marché. Solidité des bilans, flexibilité des chaînes d'approvisionnement, gestion impitoyable des coûts mais aussi capacité à maintenir des avantages concurrentiels et des parts de marché sont autant de facteurs que les investisseurs doivent prendre en compte lors de la construction de leurs portefeuilles.

Même si investir comporte toujours des risques, un scénario caractérisé par des politiques budgétaires et monétaires accommodantes, une reprise économique sans surchauffe et des taux d'intérêt officiels ancrés à zéro, ou en étant proches, devrait offrir un contexte favorable. En se concentrant sur les entreprises aux fondamentaux les plus solides et en conservant un appétit pour les actifs risqués, il est possible pour les investisseurs en quête de revenus d’obtenir un portefeuille adapté.

* La volatilité correspond au calcul des amplitudes des variations du cours d’un actif financier. Plus la volatilité est élevée, plus l’investissement sera considéré comme risqué.

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