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La COVID-19 porte un nouveau coup à la mondialisation

L'image déjà négative de la mondialisation a probablement été encore un peu plus ternie par la pandémie, mais les responsables politiques peuvent-ils s’appuyer de la crise actuelle pour la réformer ?

Le sentiment antimondialisation, qui a commencé à proliférer en raison des conséquences économiques profondes de la crise financière mondiale, semble avoir reçu un coup supplémentaire avec la COVID-19.

En 2008 déjà, nombreux étaient ceux qui pensaient que la libre circulation des capitaux avait aggravé la crise financière mondiale. Si l'éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis avait en effet eu des répercussions aux quatre coins du monde, aujourd'hui, la relative liberté de circulation des personnes est associée à la propagation rapide d'un agent pathogène mortel.

L'image de la mondialisation a encore été ternie par la rupture des chaînes d'approvisionnement internationales. Un manque de coopération, même entre alliés supposés, s’est rapidement traduit par des pénuries de produits essentiels en raison de l’interdiction de certaines exportations.

La population a été particulièrement déstabilisée au printemps lorsque les pays se sont lancés dans une compétition acharnée pour se procurer des équipements de protection individuelle (EPI) pour leur personnel de santé. Dès que les pénuries d'EPI se sont atténuées, les pays ont commencé à rivaliser entre eux pour l'approvisionnement en vaccins.

Fin de cycle pour la mondialisation ?

Au cours des douze dernières années, la démondialisation s'est manifestée de diverses manières. Le commerce mondial, qui a longtemps été un puissant moteur de l'expansion de l’économie mondiale, a stagné ; les chaînes d'approvisionnement mondiales ont été reconfigurées, voire interrompues, et les investissements directs étrangers (IDE) ont diminué. De nombreuses raisons laissent à penser que la pandémie va amplifier ces phénomènes, mais aussi d'autres tendances.

Par exemple, interrogé sur les leçons à tirer de la pandémie, le président français Emmanuel Macron a récemment répondu : « Il était évident que la mondialisation, telle qu’elle était, arrivait à la fin de son cycle ».1 Si cela est vrai, l'une des principales questions que se posent les investisseurs est la suivante : à quoi faut-il désormais s’attendre ?

Stephen King, conseiller économique senior chez HSBC, ancien conseiller spécial auprès de la commission du Trésor de la Chambre des communes et auteur du livre en 2017 Grave New World: The End of Globalization, the Return of History, , estime qu’il est très difficile de répondre à cette question puisque la contestation de l'hégémonie américaine par la Chine a créé un « équilibre instable ».

Il espère que les deux parties pourront trouver un moyen de coexister de manière plus harmonieuse en faisant évoluer la mondialisation, mais comment peut-on imaginer un tel scénario aujourd’hui ? Les initiatives des États-Unis pour nuire à des organismes comme l'Organisation mondiale du commerce et l'Organisation mondiale de la santé n’aident pas.

« La mondialisation dépend avant tout de règles, de valeurs et de normes communes. Si les institutions internationales qui les promeuvent sont sapées, la mondialisation commence à s'effondrer, déclare Stephen King.

Découplage économique

Selon Charles Parton, membre associé au Royal United Services Institute, un groupe de réflexion sur la défense et la sécurité, il est devenu de plus en plus évident que les valeurs et les systèmes politiques des États-Unis et de la Chine, loin de s'aligner comme l'espéraient les dirigeants occidentaux, sont en train de diverger. Et il en sera probablement de même pour leurs économies.

A moins que la Chine de Xi Jinping ne change de cap, Charles Parton estime que deux formes de mondialisation concurrentes et, dans certains domaines, distinctes, risquent d'émerger, avec des règles différentes établies par les États-Unis et leurs alliés et d’autres par la Chine.

Alors, le risque est que les initiatives des différents pays visant à assouplir les règles pour répondre à leurs propres besoins sombrent dans l'autarcie. Il semble déjà que les gouvernements soient sur la corde raide alors qu'un régime chinois de plus en plus autoritaire s'affirme pour défier les intérêts occidentaux.

Il y a tout lieu de penser qu'un épisode similaire à celui des années 1930, qui avait conduit à la Seconde Guerre mondiale, sera évité.

Même si l’autarcie est évitée et que la mondialisation évolue en faveur d'une production plus locale, les coûts ne seront pas nuls. Tandis que les pays les plus pauvres qui dépendent fortement des exportations seraient les plus touchés, les pays plus riches comme les États-Unis, avec une économie très diversifiée, des technologies de pointe et des ressources naturelles abondantes, en souffriraient presque inévitablement.

« Une fois que vous mettez en place des frontières et des barrières pour séparer les économies, la croissance peut ralentir et le niveau de vie baisser », déclare Stephen King.

Heureusement, il y a tout lieu de penser qu'un épisode similaire à celui des années 1930, qui avait conduit à la Seconde Guerre mondiale, sera évité, et pas seulement parce que les responsables politiques ont tiré les leçons de l'Histoire.

Les facteurs économiques et les bénéfices des entreprises comptent toujours

Comme l'explique Michael Grady, responsable de la stratégie d'investissement et Chef économiste d'Aviva Investors, les mêmes forces économiques qui n’ont pas permis à Donald Trump de réduire le déficit commercial bilatéral des États-Unis avec la Chine et de relocaliser massivement la production incitent fortement les pays à ne pas aller trop loin dans le protectionnisme.

« Alors que le monde doit à nouveau faire face à une période économique difficile, les États ne peuvent pas se permettre de faire quoi que ce soit qui nuise à la croissance ou qui impose des coûts supplémentaires aux entreprises. Ces dernières, dont beaucoup sont à court de trésorerie, continueront leurs activités de manière à maximiser leurs bénéfices », explique-t-il.

Même si les entreprises décident d’arrêter de produire en Chine, il leur faudra du temps.

En témoigne l’équipementier automobile français Valeo, qui affirme ne pas vouloir modifier ses chaînes d'approvisionnement, même s'il a été contraint d’interrompre ses activités en Chine en début d'année, avec des répercussions importantes sur les constructeurs européens.

« Nos clients finaux et les clients du secteur des pièces détachées ne sont pas prêts à payer plus cher en cas de relocalisation de nos chaînes d'approvisionnement... Donc, si aucun d'eux n'accorde de valeur à ce risque, il n'y a aucune chance que les chaînes d'approvisionnement soient relocalisées », a déclaré le directeur général Jacques Aschenbroich en juillet dernier.2

Même si les entreprises décident d’arrêter de produire en Chine, il leur faudra du temps. Comme l'expliquait Rosemary Coates, directrice exécutive du US Reshoring Institute, en février dernier : « Il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour passer de la Chine au Vietnam et produire les mêmes produits ».3

La mondialisation est essentiellement née de l'idée selon laquelle le commerce entre les nations s’inscrit dans une logique d’efficacité économique. Les économistes la voient plutôt d’un bon œil puisqu’elle a contribué à sortir des milliards de personnes de la pauvreté, à considérablement réduire les inégalités de revenus entre les pays, à fournir des biens bon marché aux consommateurs des pays riches et à accroître les bénéfices des multinationales.

Néanmoins, on peut difficilement nier qu'elle a également eu des conséquences néfastes qui ont été trop longtemps ignorées. Elle est notamment en partie responsable de l'augmentation très marquée des inégalités de revenus au sein des pays, en particulier les plus riches. On peut également dire qu'elle a aggravé une crise encore plus dangereuse que la pandémie, du moins à long terme : le dérèglement climatique provoqué par l'homme.

Selon un rapport de 2013 commandé par l'OCDE, la forte augmentation de la production industrielle, de la consommation et de l'utilisation d'énergie au cours des dernières décennies a été « nourrie » par la mondialisation.4

Remettre la mondialisation sur les bons rails

La pandémie, en révélant au grand jour la menace sanitaire que constituent les chaînes logistiques complexes reposant sur la production en flux tendu et un modèle d’approvisionnement unique, a aussi mis en exergue d'autres failles majeures de notre système.

Toutefois, il serait erroné de considérer que la pandémie donne raison aux adeptes du protectionnisme. Malgré les défis et les dangers évidents auxquels la mondialisation est confrontée, Michael Grady estime qu’elle peut être remise sur les bons rails.

« Ce n'est pas vraiment la mondialisation en tant que telle qui est un problème. Il s'avère que nous étions trop dépendants de fournisseurs uniques, surtout en Chine, pour les biens essentiels tels que les équipements de santé et les médicaments », décrit-il.

Les économistes de l'environnement ont longtemps soutenu que les décisions économiques excluaient trop souvent l'impact des émissions de carbone.

Il est possible d'envisager une forme repensée de la mondialisation qui porterait ses fruits d'une autre manière. Les économistes de l'environnement ont longtemps soutenu que les décisions économiques excluaient trop souvent l'impact des émissions de carbone. Selon eux, il n'était pas logique que les États-Unis et l'Europe réduisent leurs émissions tout en important des produits à forte intensité en carbone comme l'acier de Chine et d'autres pays, qui augmentaient simultanément et rapidement leur niveau de pollution en construisant des centrales électriques au charbon.

Si, dans le cadre de leurs mesures pour réformer la mondialisation, les pays acceptaient d'harmoniser la taxation des émissions de carbone, nous pourrions faire un pas de géant dans la lutte contre la crise climatique.

Et maintenant ?

Malgré les nombreux commentaires proclamant que la pandémie a presque définitivement enterré la mondialisation, il est probablement prématuré de tirer une telle conclusion. Les énormes porte-conteneurs transportant des produits manufacturés de Shanghai à Los Angeles ou Rotterdam incarnent souvent la mondialisation. Alors que ces cargaisons ont atteint un pic, la quantité et la valeur des données qui circulent désormais entre les pays ne montrent aucun signe de ralentissement.

En outre, de nombreuses entreprises ont désormais conscience des avantages des vidéoconférences via Zoom ou Teams. À mesure que les entreprises s'habitueront à gérer leurs collaborateurs à distance, il se pourrait qu’elles commencent à voir les bienfaits de transférer plus d'emplois à l'étranger.

À mesure que les entreprises s'habitueront à gérer leurs collaborateurs à distance, il se pourrait qu’elles commencent à voir les bienfaits de transférer plus d'emplois à l'étranger.

Si la réforme de la mondialisation est depuis longtemps devenue nécessaire, espérons que les dirigeants du monde entier résistent à des velléités protectionnistes plus dangereuses. Comme le dit Stephen King, il serait paradoxal que la mondialisation soit désormais menacée par une pandémie qui a montré que « nous entretenons des liens relativement étroits, que nous devons partager nos connaissances et que nous disposons de tout un ensemble de normes communes pour faire face à de tels événements ».

Références

  1. Victor Mallett et Roula Khalef, « Entretien avec le FT : Emmanuel Macron estime qu'il est temps de penser l'impensable », Financial Times, 16 avril 2020. https://www.ft.com/content/3ea8d790-7fd1-11ea-8fdb-7ec06edeef84
  2. Tara Patel, « Valeo CEO says industry will keep China supply chains despite COVID », Automotive News Europe, 7 juillet 2020. https://europe.autonews.com/suppliers/valeo-ceo-says-industry-will-keep-china-supply-chains-despite-covid
  3. « Rethinking the global supply chain: The COVID-19 pandemic is breaking the back of supply chains around the world », Business Facilities, 1er mai 2020. https://businessfacilities.com/2020/05/the-editors-blog-rethinking-the-global-supply-chain/
  4. « La mondialisation économique - origines et conséquences », OCDE, avril 2013, chapitre 7. https://www.oecd.org/insights/economic-globalisation.htm

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